mardi 30 avril 2013

Des miettes


Lucky Luke tire plus vite que son ombre. À l’instar du cowboy solitaire, la mienne tend à dégainer plus vite que moi.

Les changements de rythme, ça n’a jamais été mon fort. Un départ de course de vélo de montagne, ça va plutôt à l’encontre de ma nature ; passer en une fraction de seconde d’un état d’angoisse passive à une situation d’accélération sans condition, c’est me faire violence. Certes, j’ai un bon diesel, mais quand vient le temps de dégainer, bien souvent mon ombre me devance.

Or, je finis toujours par la rattraper, par l’avoir à l’usure.

Première course de vélo de montagne en fin de semaine dernière : C’est encore un peu ce qui s’est produit. Nous étions une cinquantaine alignés au départ, moi dans les derniers retranchements. Arrivé dans les derniers au box de départ, j’ai résisté à l’envie de lutter pour une position à l’avant du groupe. Ma faiblesse sur route de la semaine dernière (voir précédent article) m’ayant ôté toute confiance de la perspective d’un départ canon, j’ai préféré récolter les miettes. Bien des coureurs allaient tomber en cours de route, et j’allais les dépasser un à un comme une mouette ramasse une à une vos miettes de mc do.

Parlant de mc do, j’ai maladroitement fait violence à mon estomac trop peu de temps avant le départ.  Je lui ai confié le double mandat de digérer un plantureux bagel aux oignons et fromage et d’éviter de le vomir. Disons que j’étais en proie à quelques rots redondants.

Bien parti dans ma récolte d’erreurs de cadet, pourquoi ne pas modifier la position d’une de mes calles 30 minutes avant le départ, me dis-je. Résultat : mon pied est encore plus désaxé qu'avant. J’allais le constater peu de temps après le départ.

Je n’aime pas sortir une palette d’excuses, mais les astres ne s’étaient pas alignés en ma faveur.
Le départ est donné, nous nous élançons sur une belle ligne droite d’un kilomètre avant d’atteindre le premier single track. Une fois décollé, docilement, le peloton roule deux par deux, sans accident. Moi je débute ma récolte et dépasse quelques-uns partis un peu trop promptement.

Pour le reste de ce qui allait être une course de rattrapage, j’allais sans cesse surveiller mon pied mal enligné qui infligeait une inquiétante tension à mon genou, et lâcher quelques rots au passage.

Point positif : le parcours était fidèle à la réputation des tracés ontariens : toujours bien agréables à rouler, mais exigeants en compétition. Très roulants, sinueux, vallonneux et exempts de roches : ce sont de véritables montagnes russes où il rarement possible de relâcher les gaz.

Je conclus le tout au quatorzième rang, avec la même satisfaction que la mouette qui sait qu’elle n’a pas chipé tous vos sandwichs. J’aimerais bien dire que je serais allé plus vite sans mon genou mal enligné. Nous ne le saurons jamais.

La course s’est terminée en même temps que la digestion de mon bagel. Juste à temps pour avaler un lait au chocolat, gracieuseté de l’organisation.

Parlant de l’organisation : j’ai toujours eu un petit faible pour les épreuves en sol anglophone. L’aspect communautaire des événements sportifs est toujours bien plaisant : spectateurs toujours au rendez-vous et ambiance bien sociale. Remarquez, en plus des nombreux encouragements, de joviaux spectateurs s’étaient donné le mandat de pomper l’adrénaline. Ils avaient installé un système de son qui crachait son rythme juste avant la descente finale, digne d’une montagne russe.

C’est sans parler l’odeur de hot dogs et de toutes bonnes choses à saveur de viande grillée, redondante et s’amplifiant à chaque passage près de l’aire d’arrivée. La mouette en moi en bavait à chaque tour.

mercredi 24 avril 2013

Leçon d'humilité


Rouler à vélo sur la route est une chose. Courser à vélo sur le bitume en est une autre. Je l’ai appris à mes dépens dimanche dernier.

Question de pimenter mon entrainement, j’ai succombé à la tentation de me mêler à d’autres copains, tous autant sevrés de courses vélocipédiques que moi, pour la première épreuve québécoise sur route de l’année. J’appréhendais mollement cette compétition : une sortie de volume en bonne compagnie, tout au plus rehaussée de quelques échappées lorsque l’occasion se pointerait.

Légère erreur de planification. Le peloton routier ne brille pas que par ses bas blancs, ses vélos prohibitifs et ses mollets soigneusement enrobés de banana boat. Lorsqu’il s’agit d’appuyer sur les pédales, les routiers peuvent surprendre. Disons que j’étais stupéfait.

Je dois admettre que depuis que l’on m’a appris à pédaler, c’était la deuxième épreuve de vélo de route à laquelle je participais. La première remontait à l’été 2009. On pourrait me qualifier de néophyte en la matière. Hormis l’analyse des courses à la télé, mes compétences stratégiques étaient quelque peu rouillées, voire limitées.

Dans la nonchalance, je suis arrivé sur les lieux de course avec tout juste assez de temps pour enfiler mes habits et récupérer mon dossard. Plusieurs participants s’échauffaient déjà. Je me demandais bien ce qu’ils avaient tous à sprinter dans le stationnement. Pour moi, une course de route ça part molo.

Vient l’heure du départ. Loin d’être réchauffés, mes muscles étaient comme les pieds de votre blonde ou de votre chum sous la couverte. Frigorifiés. Et c’est parti. À bloc, tiens.

30 secondes suffirent pour que le peloton se passe de moi. Mon corps ne réagit pas à l’accélération. Incapable de m’accrocher. La honte. 

Je continue malgré tout, puisque le soleil est tout de même de la partie. Je rejoins un autre dans la même situation que moi. Il me sort l’excuse du manque d’entraînement, moi je me retiens de l'envoyer manger de la marde.

Je me résigne tout de même : j’attendrai  le peloton des séniors 3 (l’équivalent des séniors sport) parti trois minutes derrière nous. Ils me rattrapent, et j’intègre discrètement leurs rangs. L’un d’eux me lance un chaleureux « enlève ton parachute ! » (Je portais pour me couper du vent un manteau qui à l’inesthétique habitude de gonfler dans le vent)

Mais dites donc, est-ce que toute cette insolence est contagieuse ? Je sens qu’on me regarde comme une coquerelle qui s’introduit dans une boîte de céréales. Mis à part cet attentat à la sympathie, le reste de l’épreuve me fut tout de même profitable. Je m’installe dans ce peloton pour ce qui allait être un entraînement de stop-and-go. À bloc, arrêté, à bloc, arrêté. Ainsi de suite, pendant plus de deux heures, à suivre des roues et emmuré d’excités de la pédale. Passionnant.

J’ai joué la carte de la prudence pour franchir dans le peloton le fil de cette leçon d’humilité.

Les sentiers me conviennent donc bien mieux que le bitume. Heureusement, la série de coupe Ontario débute la fin de semaine prochaine, et je ne manquerai pas de prendre part à la fête. Voilà l’occasion d’oublier cette déconfiture, et pourquoi pas de sortir mes plus beaux habits parachutes, tiens.

   

jeudi 4 avril 2013

Joker


Je suis un tricheur et je l’assume entièrement.

J’habite un pays sans pitié pour les rêveurs de bitume propre et de sentiers secs. L’appel du chaud climat est plus qu’invitant, il est magnétique.

Or voilà : selon les lois de la nature, j’aurais dû étendre ma saison de ski de fond, pédaler encore sur place, coincé entre quatre murs. Tant qu’à y être pourquoi ne pas faire du ski à roulette dans la noirceur d’un stationnement souterrain, question de devenir fou ? Or, la fourberie s’est encore emparée de moi. Il faut dire que je prends grand plaisir à déjouer les malveillances météorologiques.

Une fois de plus, j’ai traversé la frontière pour pédaler au grand air. Destination : Cape Cod, Massachusetts, pour quelques jours de vélo de montagne.  

Tricherie ? Je considère ça plutôt comme jouer son joker alors que le jeu s’éternise, afin de déjouer toute éventuelle aliénation mentale.

À pareille date l’an dernier, j’avais joué la même carte pour profiter des sentiers de la péninsule qui selon la rumeur sèchent très rapidement en début de saison. Vérifications faites, le séchage du sol est plutôt précoce, et les sentiers paradisiaques. Or, je m’étais blessé au genou, ce qui me confina à l’hôtel, loin du plaisir sur deux roues.

L’idée de répéter ce scénario me plaisait autant que la perspective de rouler nu l’hiver. Comble du bonheur, mon genou a eu la bienveillance de collaborer à mon bon plaisir.

C’est avec une trentaine de membres du club C3/Vélo Pays d’en-Haut que j’ai passé le week-end de Pâques en sol américain, pour la deuxième édition de ce camps d’entraînement appelé à devenir tradition. J’ai donc pu exercer mon art dans de vrais sentiers. Au total : un peu plus d’une quinzaine d’heures à rouler dans du single track à faire rêver, technique à souhait, roulant par bouts, et sinueux. En bref : juste parfait.

Au passage, je me suis livré à quelques entraînements un peu plus spécifiques à la course de vélo de montagne, question de réveiller mes réflexes. Entre autres, avec quelques jeunes du club, nous avons joué à un jeu bien sympathique, soit celui de pratiquer des départs de course. Tout était bien distrayant, jusqu’à ce qu’un cadet se joigne à la partie, étoffant quelque peu le niveau d’acide lactique résultant de chaque intervalle. Les cadets ont la réputation de partir « à bloc » comme on dit. J’étais à bloc. Notez le faciès de mon concurrent sur la photo, vous comprendrez.

Adam Roberge, champion cadet des départs "à bloc"
Question de jouer, nous nous sommes imprégnés de la culture locale, très américaine, pour un jeu à saveur culinaire. Le dernier soir, c’est dans un restaurant au concept digne du prix Nobel de la joie que tout s’est conclu en beauté. Le Brazillian Grill’s est un établissement qui propose un menu des plus alléchants. En plus d’un buffet où vous sont servis toutes sortes de délicieux petits plats, une armée de serveurs circule parmi les tables tout en vous offrant diverses pièces de viandes les plus réconfortantes les unes que les autres : agneau, filet mignon, steak au fromage, cœur de poulet, enrobé de bacon par moment. Et bien sûr, tout ceci à volonté.

Le jeu y est fort simple : il s’agit d’ingurgiter le plus de chair possible. La troupe de jeunes estomacs qui m’accompagnait excellant dans cet art de décimer les troupeaux, je ne serais pas surpris que l’établissement ait frôlé la ruine ce soir-là.

Le lendemain, retour dans le froid et le vent québécois. C’était la dernière carte à mon jeu. Il ne me reste plus qu’à apprécier les nids de poules et mes habits de Neoprene en attendant l’abdication de l’hiver tyrannique.



vendredi 22 mars 2013

Hiver tenace


C’est gris, c’est sal, c’est laid. C’est l’hiver mal élevé qui, tel un parasite, s’accroche aux tout premiers espoirs de sorties cyclistes printanières.

Je vous entends déjà monter aux barricades. Oui, il y a la saison de ski qui s’étire, me direz-vous. Joie!, me direz-vous. Non, vous dirai-je. Certes, il n’y a pas si longtemps, j’aurais savouré chaussé de mes skis toute cette neige superflue tombée ces derniers jours.

Cette semaine, la seule activité extérieure à laquelle j’ai pu me livrer, c’est de réaliser à l’aide d’une minuscule pelle conçue pour des bras de nains un ingénieux système de tranché autour de ma voiture pour l’extirper du banc de neige, lequel témoignait de l’extrême minutie des déneigeuses de la ville de Montréal à s’assurer qu’aucun centimètre carré de carrosserie ne demeure exposé à la lumière du jour.

Conditions impraticables obligent, les routes durent se passer ces derniers temps de ma présence sur deux roues. C’est tout le contraire de mes merveilleux outils d’entrainement, qui une fois de plus, ont su me faire patienter un peu. Mon computrainer, mon trois-rouleaux et moi sommes maintenant plus que bons copains. Nous nous détestons. Pas au point de ne plus jamais nous fréquenter, mais disons simplement que nous sommes mûres pour une petite pause. Eux savourant un repos bien mérité au sous-sol, moi exprimant mon art sur la route et bientôt dans les sentiers.

Ce mois de mars est sans pitié pour tout cycliste ayant passé du bon temps dans le Sud. Mais ce n’est pas la météo qui m’a le plus incité à pédaler sur place entre quatre murs. Il faut dire que j’ai pris la liberté de sortir sur les routes laurentiennes la première journée suivant mon retour. Le contraste est saisissant, voire épeurant.  

En tant que cycliste, autant j’étais pour les Cubains un touriste bien sympathique, autant je suis une proie pour les automobilistes québécois. Une cible mobile, une nuisance, voire un ennemi public.

À Cuba, si les gens klaxonnent, c’est simplement pour se faire aimables, pour avertir qu’ils vont doucement vous dépasser. Les gens à charrette, eux, vous sifflent. En fait, ils sifflotent tout le temps, particulièrement lorsque les passants sont de sexe féminin.

Au Québec, on ne se donne plus la peine de klaxonner, même pas pour signaler que vous êtes dans le chemin. On se contente simplement de prendre bien soin de vous faire comprendre que votre vie n’a aucune valeur aux yeux des conducteurs. Voilà, je généralise. N’empêche que bien souvent, c’est la vérité, et c’est bien déplorable.

J’ai parfois l’impression que pour plusieurs conducteurs, ma vie a autant d’importance qu’un patin à roue à roues alignées aux yeux d’un poisson rouge.

Bien sûr, il y a des cinglés qui sortent avec leurs vélos de grand-mère alors qu’il tombe des peaux de lièvre, et ce avec la même grâce et la même agilité qu’une tortue épileptique.  Vous voyez l’image? Rien pour redorer la réputation du cyclisme hivernal. Je n’affirme pas que tous doivent être sur le même piédestal sur les routes, comme sur la photo ci-dessus de cette fête ridicule où le thème est « tous égaux, tous de la même grandeur ». N’empêche, un peu de civisme sur les routes ferait grand bien.


Bref, simplement pour vous rappeler que les routes peuvent réserver quelques surprises printanières, allant de la simple crevaison jusqu’aux accidents des plus déplorables. Soyez prudent s’il vous plait, conducteurs comme cyclistes.

Prochaine étape pour moi : Je pars la fin de semaine prochaine pour Cap Code, pour un quatre jours de vélo de montagne, en agréable compagnie des gens club C3/Vélo Pays-d’en-Haut. Les sentiers y sont bien sympathiques, et particulièrement secs pour les premiers jours printaniers. Concernant ledit club, je coacherai cette année quelques jeunes qui voudront bien apprendre un peu de ma médecine.

Pour l’heure, en attendant que toute cette neige ait l’amabilité de disparaître, je passerai encore quelques heures sur mes rouleaux. Sinon, question de ressortir les bons vieux réflexes, il y a toujours les bons vieux sentiers de raquette qui se prêtent parfois à quelques ballades pour pneus à crampons, lorsque les conditions le permettent.


Remarquez, j’y suis allé la fin de semaine dernière, et je n’étais pas le seul à retrouver mes réflexes. Chuck (sur la photo) n’avait pas oublié que tous les arbres de la forêt lui appartenaient. Aussi, en maître des lieux, il a bien pris soin de faire pipi sur le plus grand nombre possible, c'est-à-dire de quoi remplir une piscine olympique. 

mardi 12 mars 2013

À chacun sa chance


Dans le sport comme dans bien d’autres choses, certains ont plus de chance que d’autres. C’est du moins ce qui m’a sauté aux yeux lors de ma semaine d’entrainement à Cuba.


Tout d’abord, jamais je n’avais mis les pieds sur cette île, et je dois dire que l’expérience fut fort plaisante. La semaine de relâche, c’est toujours l’occasion rêvée d’ajouter quelques heures au compteur, et quoi de mieux que de profiter du soleil pour enchainer les kilomètres, tout ça accompagné d’une partie de ma famille.


Donc direction Holguín, 7 jours dans un tout inclus, pour quelques innombrables coups de pédales. Une semaine au Playa Pesquero, l’endroit par excellence pour se faire à croire que les Cubains pratiquent une religion polythéiste ou les dieux ce sont les touristes qui donnent des tips.

J’avais entendu bien des belles choses au sujet des routes de Cuba, mais je ne pensais pas pouvoir tomber sur un aussi beau terrain de jeu. L’asphalte est parfait et les terrains variés. Sans les vieilles bagnoles américaines, les ânes, les charrues tirées par des bœufs et toutes autres sortes de choses moyenâgeuses, je me serais cru sur une jolie route sinueuse californienne.

Normalement, je fuis les vacances sans saveur. Mais là, je dois dire que la monotonie d’un tout compris n’était pas si mal. Même plutôt sympathique. Vélo le matin, poisson frais du jour grillé pour dîner, un peu de plage, sieste, lecture, discussions philosophiques avec mon grand-père et l’odeur de ses cigares qui se consument, nettoyage de buffet en guise de souper, puis finalement dodo. Le rythme est bon.


Maintenant, retour sur mon propos initial : à chacun sa chance. J’ai la chance d’avoir des parents qui me supportent dans ma quête de toujours aller plus vite à vélo et en compétition. J’ai la chance d’être né quelque part où il est possible de changer son vélo neuf chaque année. J’ai la chance d’étendre du beurre de peanuts sur mes toasts. Les Cubains n’ont pas toutes ces chances.

Certains possèdent tout de même un vélo. Ils roulent à l’année et au soleil. Ils ne se plaignent pas lorsque leur capteur de puissance fait défaut puisqu’ils n’en ont pas. Aussi, selon leur bon vouloir, ils explosent les jambes de tout cycliste étranger qui pense pouvoir faire le fanfaron dans les bosses. 

Il faut dire qu’ils vont vite. Ou plutôt qu’ils peuvent aller très vite. Bien sûr, j’ai goûté un peu à cette légende comme quoi ils ne sont pas tuables. Pour mon plus grand plaisir, deux jeunes locaux m’ont accompagné pour quelques sorties.

Vers le milieu de la semaine, alors que je termine une ride, deux cyclistes qui semblaient tout droit sortir des années 1980-90 se joignent à moi. Ils sont bronzés, parlent l’espagnol et arborent fièrement des vélos de métal datant d’une autre époque. Ils ne portent pas de casque, respirent à peine, et les pièces de leurs engins brillent comme un sou neuf. Eh bien tiens, voilà venir les machines cubaines.

Lionel, 21 ans et Javiar, 18 ans, sont tous deux membres de l’équipe cycliste d’Holguín. Nous échangeons quelques regards furtifs et puis quelques paroles. Leur coup de pédale n’a pas l’air si mal. Nous sympathisons et nous donnons rendez-vous le lendemain matin pour une vraie ride.
Lionel, Javiar, et Alexie ma petite soeur à ma gauche

Tôt le lendemain, ils sont là, ils attendent depuis je ne sais combien de temps. Nous nous élançons, je prends mon petit rythme de longue distance, eux semblent s’adapter à la cadence apparemment trop lente pour eux. Pas de problèmes, les Cubains ne sont vraiment pas stressés. Je leur signale que je vais conserver mon rythme de zone 1 et qu’ils sont libres d’exprimer leur art à la hauteur de leur talent. Pas question, ils tiennent à m’accompagner. Je me surprends à penser que la perspective d’éventuels « cadeaux » en fin de ride les retient quelque peu en ma compagnie.

J’en profite pour apprendre quelques mots en espagnole. Javiar, le plus jeune, brise sa sapato (son soulier). Nous le laissons chez un cordonnier, puisque les magasins de vélos semblent moins nombreux que les McDo dans ce pays. Me voilà seul avec Lionel, qui m’accompagne dans la campagne cubaine.

Le contraste entre l’hôtel et le vrai visage cubain est vraiment dépaysant. Sur cette route qui serpente entre vallons et montagnes défile la réalité. Les gens ne sont pas pressés, les vaches non plus d’ailleurs. Parfois elles sont immobiles en plein milieu de la route. On dirait qu’elles méditent. Je prends plaisir à regarder dans les maisons et à observer ce que font les gens. Le rythme de vie semble tellement lent, décontracté et simple. Très inspirant.

Je me sens comme un extra-terrestre lorsque nous arrêtons dans un petit village en plein cœur des montagnes. Lionel avait repéré un tuyau sortant du sol qui crachait un peu d’eau. Aussitôt, il remplit sa bouteille et m’offre amicalement de faire de même avec les miennes. Non merci, cher ami, je préfère avoir les dents sèches.

Ne voulant pas abuser de déshydratation, je fais demi-tour, toujours suivi de mon partenaire. Voilà déjà deux heures que nous avons laissé derrière Javiar. Lorsque nous repassons près du cordonnier, il est là, attendant en bordure de la route. Chaussé d’une paire de souliers de l’an quarante, il se rejoint à nous. Aucun problème.

Retour à l’hôtel, nous remettons ça au lendemain. Une nuitée plus tard, même scénario : ils m’attendent tout près de l’hôtel. Je les avise que je prends ça relax, puisque c’est ma dernière journée et que j’ai un petit mal de gorge. Le destin en voulut tout autrement.

Après une trentaine de minutes à petit régime, nous rencontrons un groupe de cyclistes ontariens. Des masters. Moi qui croyais que ce serait relax. Nous nous joignons au groupe, puis suite à quelques discussions, la nouvelle se répand que je suis un coureur élite. Ah bien, se disent plusieurs de ces quadragénaires, pas question de le laisser filer sans lui montrer que nous aussi ont est capables de vomir d’essoufflement dans une bosse.

Nous roulons deux par deux, je suis côte à côte avec celui qui a le plus beau vélo. Vient le temps de notre relais. 450 watts pour ceux à qui ça dit quelque chose. Après une trentaine de secondes, mon partenaire de relais ne pouvant plus imposer son rythme retourne à l’arrière. Soit, je l’accompagne puisque ce n’est pas si agréable de rouler à ce rythme.

Mais le petit peloton est soudainement bien excité. Tous mettent à profit leur testostérone et attaque les côtes comme si leur survie en dépendait. Et moi je suis.

Après quelques bons efforts, je suis à l’avant, je suis mes deux camarades Lionel et Javiar, pas tuables. Je me retourne : il n’y a plus personne. Nous continuons malgré tout à jouer à ce petit jeu finalement pas si désagréable que ça. Je remarque par la même occasion que les Cubains peuvent souffler un peu d’air de temps à autre.  

Nous revenons à l’hôtel tranquillement, puis le moment venu de se quitter, je donne à mes amis quelques bébelles de vélo, puis leur promets de leur rapporter des pneus l’année prochaine. En attendant, je retourne sur mon computrainer dans le frette alors qu’eux continueront de rouler cinq heures par jour au gros soleil, les chanceux.



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lundi 25 février 2013

Le vieux qui courrait


Dans un moment de confortable oisiveté intellectuelle, perdu dans les tréfonds d’Internet, je suis tombé sur une petite nouvelle internationale des plus dignes de mention.

Peut-être avez-vous entendu parler de Fauja Singh, cet athlète londonien adepte de course de fond, particulièrement de marathon. L’homme en question s’apprête à prendre sa retraite de la compétition et donnera une dernière prestation la fin de semaine prochaine au marathon de Hong Kong. Jusqu’ici rien d’extraordinaire.

Ce qui est un peu moins banal, c’est que le monsieur est âgé de 101 ans. Et détenteur de plusieurs records du monde en plus, chez les plus de 100 ans. 8h25  au marathon de Toronto en 2011 et 23 secondes 40 pour le 100 mètres. J’aimerais bien voir Hussein Bolt rendu à cet âge-là…

Non mais regardez-moi ça. Un maître, un surhomme, un véritable mahatma. Le look n’est pas mal non plus.


Être dans les pantoufles d’un cardinal, je voterais pour lui comme prochain Pape. Ce qui est encore plus remarquable, c’est qu’il a commencé à courir à l’âge de 88 ans. Comme quoi il n’est jamais trop tard.
Tout ceci est fort bien inspirant. Nous aussi, amateurs de sports vélocipédiques pouvons nous prosterner devant nos légendes.

Il y a peu, un français réconfortait de par ses exploits ceux qui parmi nous craignent la vieillesse. Vous avez entendu parler de Robert Marchand ? C’est le détenteur du record de l’heure de cyclisme sur piste chez les plus de 100 ans. Non, pas sur un tricycle. En bonne et due forme, sur une piste de vélodrome, au guidon de son vélo de route, pour 24,1 kilomètres. 102 ans, le petit vieux. Petit vieux pour qui ?


Plus proche de nous, à 75 ans, la légende locale Guiseppe Marinoni vient tout juste d’élever la barre du record de l’heure pour les plus de 75 ans. 35,7 kilomètres, et selon ses dires, l’athlète n’avait pas de bonnes jambes cette journée-là.

« Pas de bonnes jambes », ou encore « tassez-vous les jeunes, papi va vous montrer comment on fait. »


L’autre jour, je me suis collé à la force de l’âge. J’étais sur la fin d’une ballade de trois heures de ski de fond, et sur le chemin du retour, j’ai rencontré une de nos légendes locales laurentiennes.  Alors que je commençais à halluciner des barres tendres,  que mes triceps fournissaient autant de vigueur qu’une tisane à la camomille et que je cogitais sur un diner plutôt copieux, je suis tombé sur Paul Letourneau. Je ne révèlerai pas son âge, mais sachez qu’il pourrait très bien être mon grand-père.

Il me fit donc l’honneur d’agrémenter ma sortie de sa compagnie. C’est qu’il a tout de même un palmarès impressionnant, dont le titre de champion du monde de vélo de montagne chez les masters 45+ au début des années 1990. Au-delà de son palmarès, sa glisse n’est pas mal non plus. Assez pour faire défiler les cinq ou six kilomètres qui me restaient un peu plus rapidement que ce que prévoyaient mes triceps brisés.   

Malgré le rythme soulignons le en dehors de la traditionnelle « zone 1 », il me raconte qu’il en est à environ 60 sorties sur ses skis depuis le début de l’hiver. C’est environ le nombre de jours aux conditions skiables depuis décembre.

Nous déambulions ainsi à un rythme plus ou moins confortable. Paul me suivait, et je pouvais sentir l’aisance et la fluidité de son pas de patin. Il me dépasse le vieux calvaire. L’honneur veut que je m’accroche et que je suive, mais tout de même…  

La prochaine fois, j’apporterai une ou deux barres tendres supplémentaires pour suivre la force de l’âge. 

mardi 5 février 2013

La marmotte à vélo


Le moment où je sors de chez moi et que j’ai l’air de partir pour une partie de course à pied ou de ski de fond correspond à un instant de stress intense pour mon chien. Il se demande alors s’il aura le privilège de m’accompagner ou s’il devra compter les infinies secondes qui précèderont mon retour.

Vous devriez voir son regard lorsque je m’apprête à ouvrir la porte pour sortir. Plus anxieux que ça, c’est la paralysie cérébrale à tout coup. Mais à mes yeux, il ne semble pas être le seul à se faire dans la culotte en attendant mon retour.

Depuis que j’ai reçu mon vélo de montagne, je ne sais pas si c’est moi qui deviens fou, mais parfois j’ai l’impression que mon jouet tout neuf  me supplie de ne pas laisser la poussière s’y accumuler.

En fin de semaine, j’ai cédé à la démence. Mon vélo m’aboyait qu’il ne se pouvait plus. Heureusement,  l’occasion s’est présentée pour sortir l’engin en question. Les gens du Centre National de cyclisme de Bromont ont eu l’aimable idée d’organiser une épreuve amicale de vélo de montagne : la Course de la marmotte.

Donc samedi matin,  j’ai remis en marche la petite routine d’avant course. Liste des choses à ne pas oublier : Casque, check. Soulier, check. Tisane chaude, check. C’est que le thermomètre affiche tout de même un -15 degrés, de quoi priver toutes sensations du bout des orteils.

Malgré le froid, l’organisation avait un petit côté chaleureux qui fit vite oublier les bouts de pied paralysés. Nous n’étions pas une armée à nous être déplacés, mais tous étaient heureux de sortir leur monture. En plus, quasiment pas de neige sur un sol dur comme du béton !

Et go. Tiens, c’est déjà parti. On tourne en rond autour du Centre, quelques virages dans la pumptrack, et hop! On débarque et saute par-dessus les barrières de cyclocross. 17 tours au total pour 42 minutes de course. Ça va vite et ça goûte le sang gelé dans le fond de la gorge, avec un arrière-goût de beigne. Une bouchée de timbit donnait droit à 15 secondes de boni…



Félicitations à tous ceux qui étaient présents, autant pour l’organisation que pour ceux qui participaient. On remet ça bientôt, j’espère.

Ah oui, la marmotte aussi s’est prêtée au jeu. Après 5 ou 6 tours, elle a bunké.  Espérons tout de même que le printemps viendra plus tôt que tard et apaisera pour de bon mon délire de vélo parlant.