jeudi 29 août 2013

Sur deux pieds

Je courrais tout bonnement lorsque vint à moi un de ces moments exquis, que Bouddha aurait qualifié de Nirvana.

Les jambes frétillantes, rien en tête, je gambadais allégrement et savourais les joies de l’effort naturel. Ces moments sont précieux, et comble de bonheur, ils se multiplient alors que j’enchaîne les sorties sur mes deux pieds.

Vous le comprendrez, j’adore courir. J’adore la sensation de retour aux origines primitives. Ce sport a toujours été pour moi très plaisant. Je crois même l’avoir aimé en secret pendant toutes ces années de vélo. Or, pratiquer un sport de haut niveau tel que le vélo de montagne implique certains sacrifices, comme celui de rayer la course à pied des activités estivales. Entraînement oblige.

Mais voilà déjà un petit bout de temps que je ne m’attarde plus à ces contraintes. Depuis, je redécouvre petit à petit mon corps, ce pour quoi il est fait. Pédaler est une activité tout de même plaisante. Mais logiquement, mes jambes sont conçues pour marcher, et ultimement pour courir, sauter, et grimper.

Courir en forêt, c’est zen. Dès que mes pieds foulent un sentier, tout mon être fait appel à ses instincts de chasseurs-cueilleur. Bondis sur la roche. Grimpe. Accélère. Ça tourne, accroche-toi aux arbres. Petites foulées, et hop! Saute le ruisseau. Dévale la pente. Contracte les abdominaux et les cuisses, puis détend le reste. Laisse-toi aller. J’imagine nos ancêtres courir après un bison ou n’importe quelle autre pièce de viande préhistorique, et je comprends un peu mieux nos fonctions motrices.

Courir sur l’asphalte, c’est sportif. En demeurant tout aussi zen, ajoutons les défis du chrono et de la distance. Plus vite et plus loin. Je crois que c’est ce qui nous distingue de nos ancêtres primitifs. Ils n’avaient pas le loisir de s’adonner aux joies de la course. La course faisait partie de leur vie. Nous, nous avons le loisir de jouer avec le temps, avec la distance, de nous lancer des défis adaptés à nos diverses réalités.

Courir un ultra marathon ou s’inscrire à son premier 5 kilomètres? Il y en a pour tous les goûts. Pour ma part, il y a quelques semaines que j’envisage de tenter le mystique marathon. Après quelques semaines d’hésitations, à savoir si mon corps supportera la charge d’entraînement tout en évitant les blessures, j’ai décidé de participer à mon premier 42 km à la mi-octobre, à Rivière-Rouge.

J’aimerais bien franchir le fil des 42,125 kilomètres en dessous des 3h10, voir des 3h05. Peut-être en dessous de 3h, mais pour en arriver à ce chrono, ça me prendra quelques bons gros steaks de bison. Je suis aussi bien de commencer à courir tout de suite pour attraper le plus gros spécimen.

En dehors du marathon, si tout se passe bien, je m’élancerai pour un demi-marathon le 27 octobre, à Magog. D’ici là, je me dévoue à ma foulée, à améliorer sa souplesse, sa fluidité et sa rapidité. Pour ce qui est du vélo, je verrai cet hiver. Peut-être rembarquerai-je dans le merveilleux monde de la course sur deux roues, mais pour l’heure, j’ai un trip sur deux pieds à vivre.  


lundi 12 août 2013

Au merveilleux pays d'Alice

J’apprécie toujours la réaction des gens qui connaissent peu le vélo lorsqu’ils conçoivent l’envergure d’un raid de vélo de montagne. Le moment de jubilation suprême, c’est lorsqu’ils vous étiquettent, en tant que participant, comme cinglé adepte de masochisme et d’hallucinations résultante de l’effort extrême.

Cette fin de semaine, je participais au raid Vélomag, au mont Sainte-Anne. Pour avoir roulé le parcours l’an passé, je savais un peu à quoi m’attendre : environ 2000 mètres d’ascension, 80 km de sentier, et quelques pensées spéciales me trottant dans la tête uniquement lors d’effort extrême. Par exemple : « Comment ça se fait que personne n’a enlevé tous ces cailloux du sentier? C’est pas bien compliqué m’essemble? » Ou encore : « Pourquoi ne t’ouvres-tu pas, satané emballage de barre tendre? J’ai comme un petit creux là, et loin de moi l’idée d’arrêter 2 secondes et demie pour user de mes deux mains. » Poussé à block, on perd parfois la notion du bon sens.

C’était mon troisième raid de l’été, mais non le moindre. J’adore le parcours, du vrai vélo de montagne dans les confins de l’arrière-pays du mont Sainte-Anne. Peu de chemins forestiers, beaucoup de vrais sentiers, et énormément d’occasions d’appuyer sur les pédales.

Jeff, un ami de longue date, me fit l’honneur de m’héberger chez lui, tout juste au pied de la montagne. L’endroit parfait, à moins d’un kilomètre de la station de ski. Jeff, fort sympathique, n’est cependant pas un adepte de vélo. Il s’intéresse tout de même à la chose, puisque les évènements du Vélirum ont lieu tout juste dans sa cour. Aussi, lorsqu’on jase de la coupe du monde et de préparation d’avant course, il est tout étonné du rituel d’avant course qui veut un échauffement de plus de trente minutes pour un effort d’une heure et demie. « C’est pas assez de monter la côte six ou sept fois? Faut en plus qu’avant le départ vous montiez la côte d’asphalte en sprint? »

Sa réaction fut la même, mais d’avantage ébahi, lorsqu’il me vit m’échauffer une trentaine de minutes avant le départ du raid. « Quess tu fais là? Me dit-il d’un air taquin. T’en a pour 80 kilomètres! » C’est un peu comme au grand prix, au tour de chauffe quand les pilotes échauffent leurs moteurs et leurs pneus. Ils savent que ça va partir vite. Idem ici, ça part vite même si la plupart finiront « bunkés », comme on dit dans le jargon. Ça part TOUJOURS vite, et il y en a TOUJOURS qui bunkent.

Comme prévu, ça roule au super sans-plomb dès les premiers instants. Pris dans le peloton, je constate la bravoure de certains : j’en soupçonne plusieurs essoufflés comme des asthmatiques de rouler à un rythme suicidaire. Après quelque temps, ça se calme. Ça se clame toujours. On a tout de même 80 kilomètres à déguster.

Parlant de dégustation, j’ai quelque peu relâché les pédales après un certain temps, histoire de savourer l’effort, et non de le subir. Après une trentaine de kilomètres, un groupe me rattrape, et l’un des poursuivants me demande :

- Qu’est-ce qui se passe? Parti trop vite? Mal au dos?
- Ça va, je profite de la ballade.

 J’allais en profiter comme il se doit. Quelques barres tendres plus tard, je rattrapais les poursuivants en question, plus quelques participants partis prestement. Jusqu’à environ vingt kilomètres de l’arrivée, au sommet de la montagne avant la descente finale, c’était plaisant.

L’ennui, c’est que les derniers kilomètres ne faisaient pas que descendre, et mon dos ne me faisait pas que du bien. À me faire ramener le banc de mon hardtail sur les fesses tout ce temps, j’avais le dos en compote.
Ah oui, et idée suicidaire : je ne suis parti qu’avec deux bidons bien remplis, sans jamais me ravitailler. Ça m’en aurait pris au moins quatre. Mais comme évoquer plus haut, poussé à bloc, plusieurs pensées traversent l’esprit, comme la crainte de s’arrêter cinq secondes pour remplir une gourde.

J’ai souffert les vingt derniers kilomètres. La fin du parcours était vraiment sympathique, mais j’hallucinais presque des melons d’eau juteux et des fontaines de liquide de toutes sortes. J’étais comme en transe, sous l’effet du manque de liquide. Cette virée s’est terminée comme dans un rêve psychédélique, comparable à l’épopée d’Alice au Pays des merveilles.  Les dix dernières bornes, ce sont des vallons sans pitié pour quiconque a atteint sa limite.

Une fois le fil franchi, mes hallucinations derrière moi et le dos bien barré, il me fallut une dizaine de minutes à débarquer de mon vélo. Puis une trentaine pour ingurgiter un tas de trucs comestibles. Et enfin ce qui me sembla une éternité pour pédaler les quelques mètres jusque chez Jeff, où m’attendaient des victuailles un peu plus consistantes.

Je termine 5e toutes catégories confondues, 3h56 minutes de bicyclette. Et je termine aussi ma saison de vélo. D’ici les premières neiges, j’enfilerai un peu plus régulièrement mes souliers de course, histoire de tenter ma chance si tout va bien pour un demi-marathon au mois d’octobre, et quelques compétitions de courses en sentier au passage. Le tout soigneusement hydraté, bien entendu.



lundi 22 juillet 2013

Le sacrifice ultime

La dernière fois que j’ai regardé un championnat canadien de vélo de montagne élite, je crois bien que j’étais d’âge cadet. À cette époque, un extravagant flanqué de souliers orange et arborant des favoris d’une autre époque remportait son premier titre. Ce type coloré, que je ne connaissais pas trop, allait devenir légende.

Quelques titres en poche plus tard, le voilà qu’il tente toujours de décrocher la palme. Rouler dans le même peloton que cet homme membre d’une castre élitiste, c’est tout un honneur. Il est là, en vrai, favoris et guidon proéminent à l’affut. Plusieurs le regardent, le scrutent, observent ses moindres faits et gestes, tentent de décoder la clé de son succès.

Idem pour moi, sauf que cette année, la vue est quelque peu différente. Je me languis dans la zone de ravitaillement, alors que les loups s’élancent sur le parcours. Cruelle perspective.

Observant mes compères déambuler dans cette course qui pour la plupart est la plus importante de la saison, je frétille à l’envie de prendre part à la fête. Je songe à mon niveau de forme tout de même respectable. Je compte les tours, les écarts, les positions. J’encourage des amis qui livrent de solides performances. J’aurais pu être là. Du masochisme.  

Mais le sacrifice en valait bien le coût.

Si je me suis déplacé jusqu’aux championnats sans y prendre part, ce n’est pas par simple idolâtrie envers les dieux des sentiers. J’accompagnais quelques jeunes cadets du club C3/Vélo Pays-d’en-Haut, qui tout comme moi il n’y a pas si longtemps, rêvent devant leurs idoles. J’allais leur servir de chaperon, de guide et de cobaye pour les divers obstacles techniques parsemant le parcours, en plus de leur livrer quelques conseils. Certains qualifient ce travail comme celui d’entraîneur.

Restons modestes : bien que mes démonstrations fussent bien exécutées, je craignais la perspective désastreuse de chuter devant mes protégés. Toute leur confiance en la faisabilité des sections techniques reposait sur mes épaules. Dure responsabilité que celle de cobaye, tout comme celle de convaincre quelqu’un de s’élancer sur un saut alors qu’un papa un peu trop confiant vient d’y exécuter un majestueux vol plané.

Fort heureusement, les jeunes disposent d’habiletés motrices supérieures à celles de la vieillesse. Mes bambins maitrisèrent rapidement le tout, je n’eus point à me risquer pour de multiples exécutions démonstratives.

Aussi, cette perspective face au championnat allait me confirmer une chose : la course me manque déjà, même si je me suis permis de participer à quelques événements depuis ma « retraite ».

Sommes toutes, je ne regrette aucunement ce sacrifice : j’aurai pu guider quelques jeunes, et j’aurai pu me convaincre que le goût de la compétition ne s’estompe pas aussi rapidement qu’on pourrait le croire.


mardi 16 juillet 2013

Des gens spéciaux

Il y a quelques années, ma mère venait parfois me chercher à l’école au volant d’un Westfalia. Devant mes amis, ça flashait. Certains étaient épatés, d’autres trouvaient ridicules le manque de jet set et la grinçante mélodie du moteur. Moi, j’étais bien fier. Et bien heureux lorsque venait le temps de voyager et de visiter mille lieux avec mes sœurs, confortablement assis, sans aucun souci, sauf celui de s’en faire le moins possible. 

Aujourd’hui encore, le véhicule hors-norme fait son office. Il y a maintenant près de vingt ans que nous nous baladons dans ce véhicule baba cool. On ne s’en lasse pas.

Ces deux dernières fins de semaine, je me suis une fois de plus embarqué dans le transporteur familial officiel, question de demeurer bien détendu et de profiter au maximum de ma retraite sportive. La retraite sert bien à se détendre, non ?


Mais tout retraité doit bien sûr demeurer actif. Ne pas sombrer dans la morosité. Le 5 et 6 juillet avaient lieu les coupes du Québec de Camp Fortune à Gatineau. L’envie me prit de m’inscrire aux deux épreuves, un contre-la-montre le samedi et un cross-country le dimanche, histoire de me faire plaisir. Et pour l’occasion, c’est bien détendu dans le Westfalia à 95 km/h vent de dos que je m’embarquais pour la destination. 

Samedi, au contre-la-montre, malgré un départ très lent, je me surpris à décrocher le 4e rang. Pas si mal. Ma plus petite sœur, Alexie, obtenait le 3e rang chez les minimes. Le lendemain, au cross-country, même scénario pour Alexie qui remet ça pour le bronze. Moi, j’allais me livrer à une épique descente dans les cailloux pointus. Ce fut bref, mon pneu et ma roue ne purent encaisser la cadence. Tous deux explosèrent, me laissant comme seule option de redescendre la montagne sur mes deux pieds, chaussés de souliers de vélo, et au final, de quelques ampoules.

Déçu (mais tout de même encore de bonne humeur), j’allais rembarquer dans ledit véhicule pour un décontractant retour au domicile. Mais comble de contrariétés mécaniques, l’engin ne démarrait pas. Allez hop! Groupe : on pousse. Même chose lorsque nous arrêtons faire le plein d’essence. Et curieusement, le fait de voyager dans ce véhicule zen enlève tout souci esthétique, par exemple celui de pousser pieds nus et touts crottés avec mes sœurs la van, elle-même orné de deux vélos à l’avant et deux à l’arrière et d’un joli collant Peace & love. On est loin du Lincoln Navigator remorquant la roulotte de l’année ainsi qu’un petit Jeep pour les déplacements secondaires.


Une semaine plus tard : une autre épopée familiale. Mais cette fois-ci, les vedettes, ce sont ma mère et Jeannie (ma plus vieille sœur). C’est suite à un défi que je leur ai lancé qu’elles participent à leur premier raid en vélo de montagne, pour une distance de 32 kilomètres. Donc direction East Hereford où se tient le raid Jean d’Avignon. Moi, j’allais me coller à l’épreuve de 65 kilomètres.

Je dois le préciser : Jeannie n’est pas la plus grande amatrice de défis sportifs. Or, c’est avec le sourire qu’elle franchit le fil de ces 32 kilomètres, décrochant au passage la 2e position chez les cadettes, en trois heures et des poussières, tout juste suivie de Maman. Pas mal.


Ma mère a toujours eu le dont de trouver des moyens inventifs pour nous motiver. Pour l’occasion, elle avait orné son sac d’hydratation d’une photographie d’un triplé d’ensemble d’abdominaux masculins dignes du plus coriace spartiate. Léonidas peut se rhabiller. Bref, en suivant Maman, Jeannie était bien à l’abri de toute défaillance psychologique. Gageons que l’ornement a su attirer les regards et en motiver plus d’une.
Moi, j’allais encore une fois tester mes limites. Psychologiques cette fois-ci.

Température ensoleillée, temps très chaud. Idéal. Comme prévu, nous sommes partis bien vite. Marc-André Daigle menant la charge dès les premiers instants, nous étions (du moins j’étais) au seuil du tolérable pour une épreuve de trois heures et des poussières.

Les sentiers sont délicieux, ma gourmandise de singletrack rassasiée. Cependant, les goinfres manquant de précautions risquaient de goûter aux contrariétés de multiples crevaisons.  C’est donc prudemment que je descendais les sections techniques truffées de roches.

Mais voilà que les contrariétés se manifestèrent. Mon genou me faisait souffrir, j’avais une envie de pipi, et je chutais trop souvent au goût de mon moral. En plus, je commençais à me parler tout seul à voix haute, ce qui généralement n’est pas bon signe. Après avoir testé sans m’arrêter une technique de soulagement urinaire étudiée chez les pros du Tour de France, je me concentrai à terminer l’épreuve avec le sourire. Heureusement, la dernière portion du tracé empruntait une section de dix kilomètres de descente en singletrack. Les seules mécontentes étaient mes mains, qui durent composer avec la fatigue et des spasmes incontrôlables, surtout lorsque venait le moment de tâter les freins.

Je termine malgré les quelques désagréments en 3e position toutes catégories confondues, pour un temps de 3 heures 24 minutes et des poussières. Marc-André Daigle remporte la palme, suivit de la légende et à la fois mon compatriote d’Espresso Sports Benoit Simard.


La course terminée, c’est le moment d’aller me ravitailler à la cantine du coin. Puis d’attendre l’arrivée de ma mère et de ma sœur. Dans quel état franchiront-elles la ligne ? Et ma sœur pour qui l’intérêt envers les épreuves à vélo était comparable au mien pour les caniches de la reine. Sera-t-elle furieuse? Dégoutée? Franchira-t-elle le fil ? La voilà, debout sur les pédales, pour le sprint final, sourire aux lèvres.

Les endorphines semblent avoir fait leur office. Ma petite sœur y a gouté. Je suis bien fier, d’elle, de ma famille et plus que tout, de notre mode de vie.

lundi 1 juillet 2013

Et il vécut heureux

Ça vaut toujours la peine de terminer en beauté ce qu’on aime.

C’est avec cette petite pensée en tête que je me suis rendu à St-Félicien en fin de semaine, pour le championnat québécois de cross-country.

Petite pensée anodine et quétaine, certes, mais empreinte d’un petit côté spirituel. Pour moi, c’était essentiel, mon abandon de Baie St-Paul devait cicatriser. Je devais renouer avec le cross-country, terminer une course sur une bonne note, sans regret ni amertume.  

Mon choix s’est arrêté au championnat québécois. J’adore le parcours de St-Félicien, pourquoi m’en priver. Pas de repos, ni monté ni descente interminable, mais tout de même un dénivelé appréciable. On ne s’y ennuie pas, comme dans des montagnes russes.

Le même genre de montagnes russes qu’à Baie St-Paul. Et comble de similitude, la pluie tombait non pas à boire, mais à se noyer debout. En voiture, alors que je me dirigeais vers le Lac St-Jean, le déluge était tel qu’il ne manquait plus que Noé et son arche. Remarquez, j’aurais préféré savoir le barbu et son troupeau de rescapés m’attendant à destination, question de dormir au sec. He non. Camping, les amis. Et il faudra monter la tente. Aussi bien se préparer mentalement.

Arrivée à destination. Alexie, ma petite sœur participait aux épreuves de sprint du vendredi soir en plein centre-ville. Le spectacle s’annonçait divertissant ; non seulement le parcours était aménagé dans les règles de l’art (curves-banks, bosses de chameau et petits sauts), mais les jeunes sont reconnus pour ne pas se ménager quand il s’agit d’épater la galerie. L’ennui, c’est qu’il pleuvait, que c’était glissant, et qu’Alexie est tombée au premier round. Heureusement, elle était consolable, prête à participer aux trois autres épreuves de la fin de semaine. Moi, j’optais pour un réconfortant repas au resto avant de m’immerger dans l’humidité de ma tente.

Déjà que la taille des terrains de camping du centre de ski est comparable à la propriété immobilière d’un schtroumpf et que les moustiques sont gros comme des poires transgéniques, il fallut que tout soit trempé. Et pas une, mais deux nuits de camping avec des prévisions météorologiques qui manquant cruellement d’optimisme.   

Trêves de pleurnichage. Question de me faire plaisir, samedi, la veille de la course de cross-country, j’allais explorer les sentiers du coin, non pas à vélo, mais à course à pied. Plutôt inhabituel de courir la veille d’une épreuve, mais ô combien ce fut plaisant. Les sentiers sont magnifiques, parfaits pour du trailrunning, et les moustiques sont rapides comme des dopés, à l’assaut des marcheurs. De toute façon, ça aurait été ridicule et suicidaire de marcher, en proie aux hostilités des maringouins.
J'aime bien ces souliers ces temps-ci.
Le lendemain venu, place au spirituel. J’ai participé à beaucoup de courses de vélo dans ma vie, mais jamais à une « dernière course ». Étrange sensation.  Étrange motivation. Et dans des habits tout neufs en plus, puisque l’équipe d’Espresso Sport vient tout juste de les recevoir. Mais voilà : j’allais me faire plaisir. Je suis parti bon dernier, sans souffrance, pour rouler à bon rythme par la suite, en pleine zone confortable, sans soucis de résultat. Un bon effort tout de même, mais avec un esprit de réconciliation envers moi-même plutôt que de performance sportive. Comble du bonheur, au bord du parcours, certains ne manquèrent pas de m’encourager dans mon chemin de croix. Merci tout spécial à Jacques Galarneau, commentateur et animateur de l’événement, pour ses bons mots d’encouragement tout au long de la course. Ses bonnes paroles solidaires firent toute la différence.

Et maintenant ?

Ma « dernière course » officiellement derrière moi, je peux dormir sur mes deux oreilles, et si l’envie se pointe, retenter l’expérience de la course de vélo. Peut-être plus tôt que tard, sait-on jamais.

C’est un dénouement un peu plus heureux que le précédent, non? 

mercredi 12 juin 2013

La colonie

L’or des Aztèques était pour les conquistadors ce que sont les sentiers des Laurentides aux yeux des amateurs de vélo de montagne. Paradis de trésors.

Ce n’est pas un secret, la région recèle de sentiers tous plus invitants les uns que les autres. Normal d’y voir débarquer une manne de cyclistes.

Juste au Chantecler, le stationnement accueille toujours quelques voitures munies de supports à vélo, même en semaine. Beau temps mauvais temps, plusieurs ne se privent pas et prennent plaisir à fouler les sentiers, parfois pleins de boue. Voilà une bien mauvaise habitude.

Mardi après-midi, il pleut. Tiens, l’envie de courir en sentier me prend. Voilà qui tombe pile-poil, considérant les conditions vaseuses et l’interdiction morale et formelle de rouler.

Arrivé dans le stationnement, je crois halluciner. Seule une fourgonnette Giant est stationnée dans le déluge, deux individus suspects attifés de boue et savourant leurs cigarettes rigolent autour de leurs vélos couverts de parcelles de sentiers. Comme première impression, c’est plutôt raté.

- Salut le gars, vous venez juste de rider ?
- ouais, me répond-on. (Et de jeter sa cigarette par terre en plus)
- Ce n’est pas la meilleure idée de rouler aujourd’hui. Ça magane les trails, nous travaillons fort, nous travaillons bénévolement pour entretenir le réseau, et vous n’avez pas d’affaire à rouler quand c’est boueux comme ça.
- Ah...ben c’était pas si pire sérieux. On faisait attention. On shirrait pas dans les curves. On vient de Montréal, on savait pas.
-Bon... (Conservant mon sang-froid) Vous n’avez pas compris : de un, ça magane. De deux, il pleut autant à Montréal qu’ici. De trois, informez-vous avant de venir. Il y a une page Facebook conçue juste pour ça : RVML (Regroupement vélo de montagne Laurentides), vous connaissez ? De quatre, remballez votre stock et revenez quand ça sera sec (c’est-à-dire pas avant quelques jours de beau temps). Ça nous fera plaisir de vous accueillir.

Et le gars travaille pour une compagnie de vélo. Belle image. Au moins, son air navré laissait planer son consentement devant la réprimande. C’est bon, me dis-je, ils ont peut-être compris.
Non. Ils n’ont rien compris du tout.

45 minutes plus tard, je termine mon jogging, ou peut-être devrais-je user du terme natation. Les flots se déchainent, les sentiers ruissellent, moi je coupe à travers bois pour soulager l’écœurement de mon chien qui en avait marre de patauger dans ce mélange de boue et de crotte de cheval.

Tout juste sur la fin, dans la dernière portion de ma course (le bas de l’Érablière pour ceux qui connaissent) sur qui je tombe? Mes deux amis du début. Ils remettent ça, les fripons.

- Les gars, là ça ne marche pas. Soit vous n’avez pas compris, soit vous êtes épais.
- Heu s’cuse nous là. On fait attention sérieux. On shire pas dans les curves.
- Je m’en fou. Vous n’avez pas d’affaires ici aujourd’hui, et je vous prierai de quitter les lieux sinon mon chien va sévir et mordre vos pneus. (Remarquez : c’était du bluff. Il grelotait et n’espérait qu’une seule chose, se blottir contre la chaufferette de ma voiture.)
- Puis on savait pas pour RVML.
- Bien maintenant tu sais. Rvml, RVML, RVML !! Pas compliqué. Tatoue-le toi sur le front s’il le faut.
Voilà le genre de comportement qui risque de faire disparaitre la qualité de nos réseaux.

Ce n’est que question de respect. Respect envers les bâtisseurs de sentiers. Tout ce travail est le fruit du labeur de dévoués et passionnés bénévoles. Il en tient aux usagers de s’assurer que cette passion perdure. Respect également envers la communauté cycliste et sportive qui utilise les réseaux. Au lieu de sombrer dans les abimes du nombrilisme lors d’une journée pluvieuse en roulant malgré la boue, pourquoi ne pas se joindre à une corvée d’entretien du réseau. Ou du moins, s’adonner à une autre activité.

« Ben non, j’aime ben mieux rider dans bouette pi shirrer din curves ! » - un colon -

J’aimerais voir prospérer la qualité des sentiers d’ici 10, 15, 20 ans. Or, si de tels comportements perdurent, je n’ose imaginer d’ici l’an prochain. Nous avons de superbes terrains de jeux, nous disposons de la collaboration de la ville et des propriétaires, nous jouissons du dévouement de bâtisseurs (de sentiers) passionnés.


Évitons la faillite du colonialisme à outrance. Tous sont les bienvenus, mais dans le respect des réseaux. La ressource est là, mais elle n’est pas inépuisable. 

Chuck est bien triste de ce manque de civisme par journée pluvieuse.

mardi 4 juin 2013

Pour le plaisir

Le ciel menace de tomber, le compteur affiche plus de 120 kilomètres, le vent violente chaque coup de pédale. La maison est loin, ma dernière barre de céréale épuisée depuis longtemps, l’optimisme des corbeaux se consolide.

Voilà déjà quelque temps que je cogite sur l’idée d’appeler au secours. Mon genou commençant à s’impatienter, il n’en manquait peu pour que mon téléphone fasse son office. Un bref coup d’œil à mon coéquipier derrière moi ; l’excédent de bave et son regard vitreux m’indiquent qu’il s’accroche, en mode survie. Il reste une soixantaine de kilomètres. C’est bon vieux, assez jouer pour aujourd’hui, j’appelle la cavalerie. Maman, j’ai-faim-venir-me-chercher-m’amener-de-la bouffe-si-vous-plait. En bonne mère, elle obtempère et s’empresse d’arriver à la rescousse, l’auto chargée de gâteaux faits maison. Bénie soit-elle.
 
Dans la voiture, nous constatons notre maladresse : pour une balade de 180 kilomètres dans les terres perdues des Laurentides, partir à bloc la première heure et demie relevait peut-être finalement du suicide. On remet ça le plus tôt possible, et on se traine quelques sandwichs aux œufs pour tenir le coup, nous promettons-nous.

Voilà le genre d’activité à laquelle je m’adonne lorsque j’écoute mes envies immédiates, ce à quoi je me suis livré cette semaine. L’état d’esprit idéal pour méditer sur mes désirs de performance à vélo.  

Le résultat de cette introspection : j’en arrive à la conclusion que je suis mûr pour de nouveaux défis. Longtemps je me suis investi à fond dans le cross country olympique. Jamais je n’ai suffi à mes aspirations, peut-être un brin démesurées. Quelques bons résultats font si aisément miroiter des perspectives de gloire exponentielle sur deux roues. Mais à quel prix ?

Ce prix, mon hypothèque ne me le permet plus. Pour le XCO, je crois avoir fait le tour de la question, et j’en arrive à un moment décisif : l’acharnement jusqu’à écœurement ou la quête du plaisir. Le choix semble simple.

En termes de notoriété, certes, le cross country olympique demeure l’épreuve la plus glamour. Tant pour les fédérations sportives que pour l’olympisme et le spectacle. Mais pas pour mon enthousiasme. Et je le concède, les courtes distances me conviennent tout aussi bien qu’un marathon à un escargot.

Plus les distances s’éternisent, expansive est ma forme, jubilatoire est mon moral. Place aux raids, aux épreuves marathon et aux courses par étapes. Sus aux longs parcours, aux distances démesurées et à l’abus d’effort diesel. Dorénavant, je ne priverai plus, puisque tel est mon bon plaisir.

Ce n’est pas la fin de mon aventure en cross-country olympique, simplement, je fais place à de nouveaux défis. On me verra tout de même grimacer lors de plusieurs épreuves de xco, probablement pour les championnats provinciaux et nationaux, en plus de quelques coupes du Québec. Cependant, l’objectif majeur en sera tout autrement : cette année, je me ferai douceur aux championnats nationaux de cross-country marathon (xcm), en plus de quelques raids. L’an prochain, j’ajoute quelques courses par étapes : BC bike race, Transrockies, pour ne nommer que celle-là.

Ah oui, et comme je ne prive plus de me faire douceur, je foulerai terre, roches et racines pour quelques épreuves de course en sentiers, d’ici la fin de l’été. (Sans roues, et bien sur deux jambes !) Courir en sentier a toujours été pour moi une activité des plus plaisantes. Pourquoi m’en priver?


Enfin, je suis fier d’introduire un tout nouveau commanditaire : Julbo. L’entreprise française fabrique de jolies et surtout performantes lunettes de soleil que j’arbore maintenant avec fierté et bon goût. 

Et bien sûr pour mon bon plaisir.