mercredi 12 juin 2013

La colonie

L’or des Aztèques était pour les conquistadors ce que sont les sentiers des Laurentides aux yeux des amateurs de vélo de montagne. Paradis de trésors.

Ce n’est pas un secret, la région recèle de sentiers tous plus invitants les uns que les autres. Normal d’y voir débarquer une manne de cyclistes.

Juste au Chantecler, le stationnement accueille toujours quelques voitures munies de supports à vélo, même en semaine. Beau temps mauvais temps, plusieurs ne se privent pas et prennent plaisir à fouler les sentiers, parfois pleins de boue. Voilà une bien mauvaise habitude.

Mardi après-midi, il pleut. Tiens, l’envie de courir en sentier me prend. Voilà qui tombe pile-poil, considérant les conditions vaseuses et l’interdiction morale et formelle de rouler.

Arrivé dans le stationnement, je crois halluciner. Seule une fourgonnette Giant est stationnée dans le déluge, deux individus suspects attifés de boue et savourant leurs cigarettes rigolent autour de leurs vélos couverts de parcelles de sentiers. Comme première impression, c’est plutôt raté.

- Salut le gars, vous venez juste de rider ?
- ouais, me répond-on. (Et de jeter sa cigarette par terre en plus)
- Ce n’est pas la meilleure idée de rouler aujourd’hui. Ça magane les trails, nous travaillons fort, nous travaillons bénévolement pour entretenir le réseau, et vous n’avez pas d’affaire à rouler quand c’est boueux comme ça.
- Ah...ben c’était pas si pire sérieux. On faisait attention. On shirrait pas dans les curves. On vient de Montréal, on savait pas.
-Bon... (Conservant mon sang-froid) Vous n’avez pas compris : de un, ça magane. De deux, il pleut autant à Montréal qu’ici. De trois, informez-vous avant de venir. Il y a une page Facebook conçue juste pour ça : RVML (Regroupement vélo de montagne Laurentides), vous connaissez ? De quatre, remballez votre stock et revenez quand ça sera sec (c’est-à-dire pas avant quelques jours de beau temps). Ça nous fera plaisir de vous accueillir.

Et le gars travaille pour une compagnie de vélo. Belle image. Au moins, son air navré laissait planer son consentement devant la réprimande. C’est bon, me dis-je, ils ont peut-être compris.
Non. Ils n’ont rien compris du tout.

45 minutes plus tard, je termine mon jogging, ou peut-être devrais-je user du terme natation. Les flots se déchainent, les sentiers ruissellent, moi je coupe à travers bois pour soulager l’écœurement de mon chien qui en avait marre de patauger dans ce mélange de boue et de crotte de cheval.

Tout juste sur la fin, dans la dernière portion de ma course (le bas de l’Érablière pour ceux qui connaissent) sur qui je tombe? Mes deux amis du début. Ils remettent ça, les fripons.

- Les gars, là ça ne marche pas. Soit vous n’avez pas compris, soit vous êtes épais.
- Heu s’cuse nous là. On fait attention sérieux. On shire pas dans les curves.
- Je m’en fou. Vous n’avez pas d’affaires ici aujourd’hui, et je vous prierai de quitter les lieux sinon mon chien va sévir et mordre vos pneus. (Remarquez : c’était du bluff. Il grelotait et n’espérait qu’une seule chose, se blottir contre la chaufferette de ma voiture.)
- Puis on savait pas pour RVML.
- Bien maintenant tu sais. Rvml, RVML, RVML !! Pas compliqué. Tatoue-le toi sur le front s’il le faut.
Voilà le genre de comportement qui risque de faire disparaitre la qualité de nos réseaux.

Ce n’est que question de respect. Respect envers les bâtisseurs de sentiers. Tout ce travail est le fruit du labeur de dévoués et passionnés bénévoles. Il en tient aux usagers de s’assurer que cette passion perdure. Respect également envers la communauté cycliste et sportive qui utilise les réseaux. Au lieu de sombrer dans les abimes du nombrilisme lors d’une journée pluvieuse en roulant malgré la boue, pourquoi ne pas se joindre à une corvée d’entretien du réseau. Ou du moins, s’adonner à une autre activité.

« Ben non, j’aime ben mieux rider dans bouette pi shirrer din curves ! » - un colon -

J’aimerais voir prospérer la qualité des sentiers d’ici 10, 15, 20 ans. Or, si de tels comportements perdurent, je n’ose imaginer d’ici l’an prochain. Nous avons de superbes terrains de jeux, nous disposons de la collaboration de la ville et des propriétaires, nous jouissons du dévouement de bâtisseurs (de sentiers) passionnés.


Évitons la faillite du colonialisme à outrance. Tous sont les bienvenus, mais dans le respect des réseaux. La ressource est là, mais elle n’est pas inépuisable. 

Chuck est bien triste de ce manque de civisme par journée pluvieuse.

mardi 4 juin 2013

Pour le plaisir

Le ciel menace de tomber, le compteur affiche plus de 120 kilomètres, le vent violente chaque coup de pédale. La maison est loin, ma dernière barre de céréale épuisée depuis longtemps, l’optimisme des corbeaux se consolide.

Voilà déjà quelque temps que je cogite sur l’idée d’appeler au secours. Mon genou commençant à s’impatienter, il n’en manquait peu pour que mon téléphone fasse son office. Un bref coup d’œil à mon coéquipier derrière moi ; l’excédent de bave et son regard vitreux m’indiquent qu’il s’accroche, en mode survie. Il reste une soixantaine de kilomètres. C’est bon vieux, assez jouer pour aujourd’hui, j’appelle la cavalerie. Maman, j’ai-faim-venir-me-chercher-m’amener-de-la bouffe-si-vous-plait. En bonne mère, elle obtempère et s’empresse d’arriver à la rescousse, l’auto chargée de gâteaux faits maison. Bénie soit-elle.
 
Dans la voiture, nous constatons notre maladresse : pour une balade de 180 kilomètres dans les terres perdues des Laurentides, partir à bloc la première heure et demie relevait peut-être finalement du suicide. On remet ça le plus tôt possible, et on se traine quelques sandwichs aux œufs pour tenir le coup, nous promettons-nous.

Voilà le genre d’activité à laquelle je m’adonne lorsque j’écoute mes envies immédiates, ce à quoi je me suis livré cette semaine. L’état d’esprit idéal pour méditer sur mes désirs de performance à vélo.  

Le résultat de cette introspection : j’en arrive à la conclusion que je suis mûr pour de nouveaux défis. Longtemps je me suis investi à fond dans le cross country olympique. Jamais je n’ai suffi à mes aspirations, peut-être un brin démesurées. Quelques bons résultats font si aisément miroiter des perspectives de gloire exponentielle sur deux roues. Mais à quel prix ?

Ce prix, mon hypothèque ne me le permet plus. Pour le XCO, je crois avoir fait le tour de la question, et j’en arrive à un moment décisif : l’acharnement jusqu’à écœurement ou la quête du plaisir. Le choix semble simple.

En termes de notoriété, certes, le cross country olympique demeure l’épreuve la plus glamour. Tant pour les fédérations sportives que pour l’olympisme et le spectacle. Mais pas pour mon enthousiasme. Et je le concède, les courtes distances me conviennent tout aussi bien qu’un marathon à un escargot.

Plus les distances s’éternisent, expansive est ma forme, jubilatoire est mon moral. Place aux raids, aux épreuves marathon et aux courses par étapes. Sus aux longs parcours, aux distances démesurées et à l’abus d’effort diesel. Dorénavant, je ne priverai plus, puisque tel est mon bon plaisir.

Ce n’est pas la fin de mon aventure en cross-country olympique, simplement, je fais place à de nouveaux défis. On me verra tout de même grimacer lors de plusieurs épreuves de xco, probablement pour les championnats provinciaux et nationaux, en plus de quelques coupes du Québec. Cependant, l’objectif majeur en sera tout autrement : cette année, je me ferai douceur aux championnats nationaux de cross-country marathon (xcm), en plus de quelques raids. L’an prochain, j’ajoute quelques courses par étapes : BC bike race, Transrockies, pour ne nommer que celle-là.

Ah oui, et comme je ne prive plus de me faire douceur, je foulerai terre, roches et racines pour quelques épreuves de course en sentiers, d’ici la fin de l’été. (Sans roues, et bien sur deux jambes !) Courir en sentier a toujours été pour moi une activité des plus plaisantes. Pourquoi m’en priver?


Enfin, je suis fier d’introduire un tout nouveau commanditaire : Julbo. L’entreprise française fabrique de jolies et surtout performantes lunettes de soleil que j’arbore maintenant avec fierté et bon goût. 

Et bien sûr pour mon bon plaisir.

lundi 27 mai 2013

La fin

Froid, gris, humide, venteux : une journée bénie par tous cinéphiles, une journée bonne à prolonger abusivement toute douceur sous la couette, une journée que j’aurais trempé du réconfort d’une chaude tisane plutôt que des tristes violences climatiques. Mais oh, que dis-je, course vélocipédique au menu. Allez, hop ! Dehors le temps pour les pensées négatives, gelons-les-nous avec bonne humeur et ravissement. Nous sommes à Baie St-Paul, deuxième manche de la coupe Canada.

Normalement, ce genre de petits détails météorologique n’affecte pas l’élite en moi. Une fois de plus, devant la rincée qui s’annonce, c’est dans un stoïcisme absolu que je revêts mes lycras. Il fait froid, il y a une course de vélo, et il faut y aller. Allons-y.

L’échauffement débute tout bonnement, je visualise le départ, allez hop, quelques accélérations, puis un petit pipi au bord de la route. La routine, quoi. Mais voilà surgir une pensée qui me trottinait depuis déjà quelque temps en tête : et si c’était la fin ? Le moment de passer à autre chose ? L’aboutissement d’une quête de dépassement sur deux roues ? Pensée friponne, va.

Tout juste le temps de chasser ce ruminement ; retour à l’assiduité mentale. C’est l’heure du départ. C’est l’heure, mais c’est drôle ça ne me tente pas aujourd’hui. Moins de 30 secondes. Faut-il vraiment que j’enclenche le chronomètre ornant mon guidon ? Partez. Et tels des spermatozoïdes, nous nous élançons dans une course endiablée jusqu’à l’orée du bois. Vite, vite, vite, un seul passera le premier.

Aujourd’hui, j’aurais préféré la vasectomie.

Lorsque je mis pied à terre après 15 minutes de course, une seule pensée parvint à m’apaiser : celle de la fin de toutes contraintes élitistes. Mettre un terme à cette vie de moine, purgatoire de mon avarice de performance sportive.

J’arrête, terminé la course de vélo. C’est la première chose que je réponds lorsqu’on me demande ce qui ne va pas. Seul le remède de l’abandon tempérait mon dégoût envers la course à ce moment-là. Sans un mot de plus, sans braver le regard de qui que ce soit, j’allais décompresser seul sur la route, le motton dans la gorge comme on dit. Pour moi, à ce moment précis, c’était clair : terminé la compétition.

Terminé l’entraînement rationnel, les intervalles, le computrainer, le chronomètre, les calories, les restrictions de toutes sortes, la folie de la performance.

Terminé les blessures physiques ; maux de dos incurables à mes années juniors, charcutage de genou une année, friponne et sournoise anémie, déséquilibre hormonal, quand ce ne sont pas les tendons qui se font fragiles, sans compter toutes ces diverses fractures au fil des saisons.

Terminé les blessures psychologiques ; obsession de la performance, quête de la perfection, rapports sociaux indisposés, malsaine relation de maître à disciple. Dans mon désir d’être bon, j’ai cédé à une époque peut-être un peu trop de responsabilités aux mains d’un entraîneur.  

Pour l’heure, je m’offre un temps de réflexion. Avant que l’envie de siéger sur mon vélo ne me quitte éternellement, je me fais cadeau de ce qu’il me plaira bien de faire sur deux roues. Une petite vite de 30 minutes ou une ballade de cinq heures ? Pas de problèmes. Cette semaine, mes envies spontanées dicteront la nature de mes sorties.

À cet instant bien précis, je souhaite bien poursuivre mon engagement auprès des jeunes du club C3/Vélo Pays-d’en-Haut. Le club a vu le jour l’an dernier, et d’accompagner cette jeunesse dans son développement me fait bien plaisir.

Pour le reste, parlant de plaisir, l’an dernier je m'en suis découvert un pour les épreuves d’endurance. Peut-être continuerai-je dans cette voie, pour les voluptés résultant de l'effort prolongé. La saison de raids débute dans trois semaines dans la région de Charlevoix, et je ne manquerai pas de m’y faire douceur. La délicieuse perspective du raid Bras-du-Nord de Saint-Raymond au mois de septembre pourrait très bien accoter le régal du dernier raid Vélomag.

D’ici une semaine, j’espère que mon choix à savoir de quelle manière je poursuivrai à me faire plaisir sur deux roues se dessinera. Aujourd’hui, il fait beau, alors pourquoi pas une sortie épique à vélo de route dans les confins des routes laurentiennes, tiens...  

dimanche 19 mai 2013

Une classe à part


Les athlètes figurant dans le top 20 mondial sont d’une classe à part. Corps et réflexes affûtés, ils vont vite, toujours prêts à aller à la guerre.

Le lendemain d’une compétition, alors que les muscles dorment encore, quoi de mieux que de récupérer en regardant ces motivés de la pédale se faire aller les pattes. Comble du bonheur, on diffusait ce matin en simultané la coupe du monde d’Albstadt en Allemagne. Parfait pour cette matinée de récupération, digérant mon amère déception de la veille.

Une fois de plus, l’imprévisibilité de la course de vélo de montagne m’a sauté en pleine figure.

Raphaël, notre héros local, est parti bien vite. De quoi faire rêver la plupart d’entre nous qui le voyait flirter dans le top-15. Malheureusement, ce fut éphémère. Espérons que ce ne soit que partie remise.

Embêté par un pépin mécanique, le champion du monde en titre Nino Schurter du céder quelques secondes à la légende française Julien Absalon. Il n’en fallut pas moins pour que  l’homme fort français mène le bal. Cinq tours à fond de train, cinq tours à la hauteur de la réputation. Jusqu’à l’improbable.

À la télé, on s’habituait à voir le cavalier seul en tête. Mais voilà que les commentateurs s’inquiètent ; on ne le voit plus. Soudain, la domination du dieu s’évanouit, l’homme trottine maladroitement vélo sur l’épaule. Sa roue pend derrière, et la zone de support technique semble aussi loin que son optimisme.

Un choix difficile s’impose : abandonner la course pour cause de bris mécanique, abandonner la course parce que ça ne va pas bien, parce que ça ne sert à rien de continuer, pour éviter de se brûler pour une 20e ou une 30e position, pour éviter l’humiliation, ou tout simplement finir coûte que coûte.

Nul besoin de se languir, son choix se dessine rapidement. À la reprise vidéo, on le voit franchir la banderole en bordure du parcours, balancer son vélo au sol, lâcher quelques jurons que l’on imagine bien français. Un classique pu*** de me*** se dessine sur ses lèvres. Il n’en faut pas moins pour comprendre qu’il renonce.
En interview, le manager de son équipe partageait son étonnement.

J’aurais préféré le voir terminer coûte que coûte, le voir se battre jusqu’à la fin, me soulever devant une lutte pour une 10e, une 15e ou une 20e place, une lutte épique pour l’honneur. Le spectacle en aurait été que plus captivant.

Or, un peu à l’image du jour où j’ai appris que le père Noël n’existait pas, je me suis souvenu que les grands champions parfois faiblissent aussi. Décevant. Tout jeune, on m’a appris à ne pas abandonner une course de vélo au moindre prétexte. À quoi bon, si le grand manitou flanche lorsqu’il ne gagne pas ?

Nino Schurter, au mérite de son maillot arc-en-ciel, s’accroche et termine 18e.

Retour sur mon épreuve à moi : hier, c’était la première coupe Canada de la saison qui se tenait au mont Tremblant. Un peu moins glamour qu’une coupe du monde, mais tout de même, ce matin mes jambes et mes bras étaient aussi vigoureux que la ténacité de la star française.

Hier matin, c’était tout autrement. La forme au rendez-vous, j’avais bien hâte au départ. Le plan de match : partir vite afin d’éviter l’attroupement à l’orée du bois. Pour mes modestes capacités du domaine des départs rapides, ce fut plutôt réussi. C’est dans le top-15 que je m’engouffre  dans le premier single track. C’était de bon augure.

Première descente : rocailleuse à souhait. Comme le destin ne fait pas que des cadeaux, mon pneu arrière ne put résister à mon manque de fluidité. Il a renoncé à subir la rudesse de mon pilotage. Je m’arrête pour regonfler à la fois le pneumatique et ma motivation, puis repars après mon retard. Il n’en faut que peu pour que la fuite d’air récidive.

Je me rends prudemment jusqu’au ravitaillement, change ma roue de peine et de misère, puis retourne à l’assaut, gonflé à bloc. Changement de scénario : j’entreprends ce qui m’est bien familier, soit une course de rattrapage.

Je remonte continuellement les positions pour franchir le fil au 26e rang. Amère, voire humiliante déception. Aurais-je mieux fait d’abandonner, d’éviter ce résultat papier et de sauver les apparences? Peut-être, mais j’aurais manqué une bonne occasion d'entraînement, une bonne occasion de repousser mes limites, et au final une bonne occasion d'être fier de moi. 

mardi 30 avril 2013

Des miettes


Lucky Luke tire plus vite que son ombre. À l’instar du cowboy solitaire, la mienne tend à dégainer plus vite que moi.

Les changements de rythme, ça n’a jamais été mon fort. Un départ de course de vélo de montagne, ça va plutôt à l’encontre de ma nature ; passer en une fraction de seconde d’un état d’angoisse passive à une situation d’accélération sans condition, c’est me faire violence. Certes, j’ai un bon diesel, mais quand vient le temps de dégainer, bien souvent mon ombre me devance.

Or, je finis toujours par la rattraper, par l’avoir à l’usure.

Première course de vélo de montagne en fin de semaine dernière : C’est encore un peu ce qui s’est produit. Nous étions une cinquantaine alignés au départ, moi dans les derniers retranchements. Arrivé dans les derniers au box de départ, j’ai résisté à l’envie de lutter pour une position à l’avant du groupe. Ma faiblesse sur route de la semaine dernière (voir précédent article) m’ayant ôté toute confiance de la perspective d’un départ canon, j’ai préféré récolter les miettes. Bien des coureurs allaient tomber en cours de route, et j’allais les dépasser un à un comme une mouette ramasse une à une vos miettes de mc do.

Parlant de mc do, j’ai maladroitement fait violence à mon estomac trop peu de temps avant le départ.  Je lui ai confié le double mandat de digérer un plantureux bagel aux oignons et fromage et d’éviter de le vomir. Disons que j’étais en proie à quelques rots redondants.

Bien parti dans ma récolte d’erreurs de cadet, pourquoi ne pas modifier la position d’une de mes calles 30 minutes avant le départ, me dis-je. Résultat : mon pied est encore plus désaxé qu'avant. J’allais le constater peu de temps après le départ.

Je n’aime pas sortir une palette d’excuses, mais les astres ne s’étaient pas alignés en ma faveur.
Le départ est donné, nous nous élançons sur une belle ligne droite d’un kilomètre avant d’atteindre le premier single track. Une fois décollé, docilement, le peloton roule deux par deux, sans accident. Moi je débute ma récolte et dépasse quelques-uns partis un peu trop promptement.

Pour le reste de ce qui allait être une course de rattrapage, j’allais sans cesse surveiller mon pied mal enligné qui infligeait une inquiétante tension à mon genou, et lâcher quelques rots au passage.

Point positif : le parcours était fidèle à la réputation des tracés ontariens : toujours bien agréables à rouler, mais exigeants en compétition. Très roulants, sinueux, vallonneux et exempts de roches : ce sont de véritables montagnes russes où il rarement possible de relâcher les gaz.

Je conclus le tout au quatorzième rang, avec la même satisfaction que la mouette qui sait qu’elle n’a pas chipé tous vos sandwichs. J’aimerais bien dire que je serais allé plus vite sans mon genou mal enligné. Nous ne le saurons jamais.

La course s’est terminée en même temps que la digestion de mon bagel. Juste à temps pour avaler un lait au chocolat, gracieuseté de l’organisation.

Parlant de l’organisation : j’ai toujours eu un petit faible pour les épreuves en sol anglophone. L’aspect communautaire des événements sportifs est toujours bien plaisant : spectateurs toujours au rendez-vous et ambiance bien sociale. Remarquez, en plus des nombreux encouragements, de joviaux spectateurs s’étaient donné le mandat de pomper l’adrénaline. Ils avaient installé un système de son qui crachait son rythme juste avant la descente finale, digne d’une montagne russe.

C’est sans parler l’odeur de hot dogs et de toutes bonnes choses à saveur de viande grillée, redondante et s’amplifiant à chaque passage près de l’aire d’arrivée. La mouette en moi en bavait à chaque tour.

mercredi 24 avril 2013

Leçon d'humilité


Rouler à vélo sur la route est une chose. Courser à vélo sur le bitume en est une autre. Je l’ai appris à mes dépens dimanche dernier.

Question de pimenter mon entrainement, j’ai succombé à la tentation de me mêler à d’autres copains, tous autant sevrés de courses vélocipédiques que moi, pour la première épreuve québécoise sur route de l’année. J’appréhendais mollement cette compétition : une sortie de volume en bonne compagnie, tout au plus rehaussée de quelques échappées lorsque l’occasion se pointerait.

Légère erreur de planification. Le peloton routier ne brille pas que par ses bas blancs, ses vélos prohibitifs et ses mollets soigneusement enrobés de banana boat. Lorsqu’il s’agit d’appuyer sur les pédales, les routiers peuvent surprendre. Disons que j’étais stupéfait.

Je dois admettre que depuis que l’on m’a appris à pédaler, c’était la deuxième épreuve de vélo de route à laquelle je participais. La première remontait à l’été 2009. On pourrait me qualifier de néophyte en la matière. Hormis l’analyse des courses à la télé, mes compétences stratégiques étaient quelque peu rouillées, voire limitées.

Dans la nonchalance, je suis arrivé sur les lieux de course avec tout juste assez de temps pour enfiler mes habits et récupérer mon dossard. Plusieurs participants s’échauffaient déjà. Je me demandais bien ce qu’ils avaient tous à sprinter dans le stationnement. Pour moi, une course de route ça part molo.

Vient l’heure du départ. Loin d’être réchauffés, mes muscles étaient comme les pieds de votre blonde ou de votre chum sous la couverte. Frigorifiés. Et c’est parti. À bloc, tiens.

30 secondes suffirent pour que le peloton se passe de moi. Mon corps ne réagit pas à l’accélération. Incapable de m’accrocher. La honte. 

Je continue malgré tout, puisque le soleil est tout de même de la partie. Je rejoins un autre dans la même situation que moi. Il me sort l’excuse du manque d’entraînement, moi je me retiens de l'envoyer manger de la marde.

Je me résigne tout de même : j’attendrai  le peloton des séniors 3 (l’équivalent des séniors sport) parti trois minutes derrière nous. Ils me rattrapent, et j’intègre discrètement leurs rangs. L’un d’eux me lance un chaleureux « enlève ton parachute ! » (Je portais pour me couper du vent un manteau qui à l’inesthétique habitude de gonfler dans le vent)

Mais dites donc, est-ce que toute cette insolence est contagieuse ? Je sens qu’on me regarde comme une coquerelle qui s’introduit dans une boîte de céréales. Mis à part cet attentat à la sympathie, le reste de l’épreuve me fut tout de même profitable. Je m’installe dans ce peloton pour ce qui allait être un entraînement de stop-and-go. À bloc, arrêté, à bloc, arrêté. Ainsi de suite, pendant plus de deux heures, à suivre des roues et emmuré d’excités de la pédale. Passionnant.

J’ai joué la carte de la prudence pour franchir dans le peloton le fil de cette leçon d’humilité.

Les sentiers me conviennent donc bien mieux que le bitume. Heureusement, la série de coupe Ontario débute la fin de semaine prochaine, et je ne manquerai pas de prendre part à la fête. Voilà l’occasion d’oublier cette déconfiture, et pourquoi pas de sortir mes plus beaux habits parachutes, tiens.

   

jeudi 4 avril 2013

Joker


Je suis un tricheur et je l’assume entièrement.

J’habite un pays sans pitié pour les rêveurs de bitume propre et de sentiers secs. L’appel du chaud climat est plus qu’invitant, il est magnétique.

Or voilà : selon les lois de la nature, j’aurais dû étendre ma saison de ski de fond, pédaler encore sur place, coincé entre quatre murs. Tant qu’à y être pourquoi ne pas faire du ski à roulette dans la noirceur d’un stationnement souterrain, question de devenir fou ? Or, la fourberie s’est encore emparée de moi. Il faut dire que je prends grand plaisir à déjouer les malveillances météorologiques.

Une fois de plus, j’ai traversé la frontière pour pédaler au grand air. Destination : Cape Cod, Massachusetts, pour quelques jours de vélo de montagne.  

Tricherie ? Je considère ça plutôt comme jouer son joker alors que le jeu s’éternise, afin de déjouer toute éventuelle aliénation mentale.

À pareille date l’an dernier, j’avais joué la même carte pour profiter des sentiers de la péninsule qui selon la rumeur sèchent très rapidement en début de saison. Vérifications faites, le séchage du sol est plutôt précoce, et les sentiers paradisiaques. Or, je m’étais blessé au genou, ce qui me confina à l’hôtel, loin du plaisir sur deux roues.

L’idée de répéter ce scénario me plaisait autant que la perspective de rouler nu l’hiver. Comble du bonheur, mon genou a eu la bienveillance de collaborer à mon bon plaisir.

C’est avec une trentaine de membres du club C3/Vélo Pays d’en-Haut que j’ai passé le week-end de Pâques en sol américain, pour la deuxième édition de ce camps d’entraînement appelé à devenir tradition. J’ai donc pu exercer mon art dans de vrais sentiers. Au total : un peu plus d’une quinzaine d’heures à rouler dans du single track à faire rêver, technique à souhait, roulant par bouts, et sinueux. En bref : juste parfait.

Au passage, je me suis livré à quelques entraînements un peu plus spécifiques à la course de vélo de montagne, question de réveiller mes réflexes. Entre autres, avec quelques jeunes du club, nous avons joué à un jeu bien sympathique, soit celui de pratiquer des départs de course. Tout était bien distrayant, jusqu’à ce qu’un cadet se joigne à la partie, étoffant quelque peu le niveau d’acide lactique résultant de chaque intervalle. Les cadets ont la réputation de partir « à bloc » comme on dit. J’étais à bloc. Notez le faciès de mon concurrent sur la photo, vous comprendrez.

Adam Roberge, champion cadet des départs "à bloc"
Question de jouer, nous nous sommes imprégnés de la culture locale, très américaine, pour un jeu à saveur culinaire. Le dernier soir, c’est dans un restaurant au concept digne du prix Nobel de la joie que tout s’est conclu en beauté. Le Brazillian Grill’s est un établissement qui propose un menu des plus alléchants. En plus d’un buffet où vous sont servis toutes sortes de délicieux petits plats, une armée de serveurs circule parmi les tables tout en vous offrant diverses pièces de viandes les plus réconfortantes les unes que les autres : agneau, filet mignon, steak au fromage, cœur de poulet, enrobé de bacon par moment. Et bien sûr, tout ceci à volonté.

Le jeu y est fort simple : il s’agit d’ingurgiter le plus de chair possible. La troupe de jeunes estomacs qui m’accompagnait excellant dans cet art de décimer les troupeaux, je ne serais pas surpris que l’établissement ait frôlé la ruine ce soir-là.

Le lendemain, retour dans le froid et le vent québécois. C’était la dernière carte à mon jeu. Il ne me reste plus qu’à apprécier les nids de poules et mes habits de Neoprene en attendant l’abdication de l’hiver tyrannique.