mardi 12 mars 2013

À chacun sa chance


Dans le sport comme dans bien d’autres choses, certains ont plus de chance que d’autres. C’est du moins ce qui m’a sauté aux yeux lors de ma semaine d’entrainement à Cuba.


Tout d’abord, jamais je n’avais mis les pieds sur cette île, et je dois dire que l’expérience fut fort plaisante. La semaine de relâche, c’est toujours l’occasion rêvée d’ajouter quelques heures au compteur, et quoi de mieux que de profiter du soleil pour enchainer les kilomètres, tout ça accompagné d’une partie de ma famille.


Donc direction Holguín, 7 jours dans un tout inclus, pour quelques innombrables coups de pédales. Une semaine au Playa Pesquero, l’endroit par excellence pour se faire à croire que les Cubains pratiquent une religion polythéiste ou les dieux ce sont les touristes qui donnent des tips.

J’avais entendu bien des belles choses au sujet des routes de Cuba, mais je ne pensais pas pouvoir tomber sur un aussi beau terrain de jeu. L’asphalte est parfait et les terrains variés. Sans les vieilles bagnoles américaines, les ânes, les charrues tirées par des bœufs et toutes autres sortes de choses moyenâgeuses, je me serais cru sur une jolie route sinueuse californienne.

Normalement, je fuis les vacances sans saveur. Mais là, je dois dire que la monotonie d’un tout compris n’était pas si mal. Même plutôt sympathique. Vélo le matin, poisson frais du jour grillé pour dîner, un peu de plage, sieste, lecture, discussions philosophiques avec mon grand-père et l’odeur de ses cigares qui se consument, nettoyage de buffet en guise de souper, puis finalement dodo. Le rythme est bon.


Maintenant, retour sur mon propos initial : à chacun sa chance. J’ai la chance d’avoir des parents qui me supportent dans ma quête de toujours aller plus vite à vélo et en compétition. J’ai la chance d’être né quelque part où il est possible de changer son vélo neuf chaque année. J’ai la chance d’étendre du beurre de peanuts sur mes toasts. Les Cubains n’ont pas toutes ces chances.

Certains possèdent tout de même un vélo. Ils roulent à l’année et au soleil. Ils ne se plaignent pas lorsque leur capteur de puissance fait défaut puisqu’ils n’en ont pas. Aussi, selon leur bon vouloir, ils explosent les jambes de tout cycliste étranger qui pense pouvoir faire le fanfaron dans les bosses. 

Il faut dire qu’ils vont vite. Ou plutôt qu’ils peuvent aller très vite. Bien sûr, j’ai goûté un peu à cette légende comme quoi ils ne sont pas tuables. Pour mon plus grand plaisir, deux jeunes locaux m’ont accompagné pour quelques sorties.

Vers le milieu de la semaine, alors que je termine une ride, deux cyclistes qui semblaient tout droit sortir des années 1980-90 se joignent à moi. Ils sont bronzés, parlent l’espagnol et arborent fièrement des vélos de métal datant d’une autre époque. Ils ne portent pas de casque, respirent à peine, et les pièces de leurs engins brillent comme un sou neuf. Eh bien tiens, voilà venir les machines cubaines.

Lionel, 21 ans et Javiar, 18 ans, sont tous deux membres de l’équipe cycliste d’Holguín. Nous échangeons quelques regards furtifs et puis quelques paroles. Leur coup de pédale n’a pas l’air si mal. Nous sympathisons et nous donnons rendez-vous le lendemain matin pour une vraie ride.
Lionel, Javiar, et Alexie ma petite soeur à ma gauche

Tôt le lendemain, ils sont là, ils attendent depuis je ne sais combien de temps. Nous nous élançons, je prends mon petit rythme de longue distance, eux semblent s’adapter à la cadence apparemment trop lente pour eux. Pas de problèmes, les Cubains ne sont vraiment pas stressés. Je leur signale que je vais conserver mon rythme de zone 1 et qu’ils sont libres d’exprimer leur art à la hauteur de leur talent. Pas question, ils tiennent à m’accompagner. Je me surprends à penser que la perspective d’éventuels « cadeaux » en fin de ride les retient quelque peu en ma compagnie.

J’en profite pour apprendre quelques mots en espagnole. Javiar, le plus jeune, brise sa sapato (son soulier). Nous le laissons chez un cordonnier, puisque les magasins de vélos semblent moins nombreux que les McDo dans ce pays. Me voilà seul avec Lionel, qui m’accompagne dans la campagne cubaine.

Le contraste entre l’hôtel et le vrai visage cubain est vraiment dépaysant. Sur cette route qui serpente entre vallons et montagnes défile la réalité. Les gens ne sont pas pressés, les vaches non plus d’ailleurs. Parfois elles sont immobiles en plein milieu de la route. On dirait qu’elles méditent. Je prends plaisir à regarder dans les maisons et à observer ce que font les gens. Le rythme de vie semble tellement lent, décontracté et simple. Très inspirant.

Je me sens comme un extra-terrestre lorsque nous arrêtons dans un petit village en plein cœur des montagnes. Lionel avait repéré un tuyau sortant du sol qui crachait un peu d’eau. Aussitôt, il remplit sa bouteille et m’offre amicalement de faire de même avec les miennes. Non merci, cher ami, je préfère avoir les dents sèches.

Ne voulant pas abuser de déshydratation, je fais demi-tour, toujours suivi de mon partenaire. Voilà déjà deux heures que nous avons laissé derrière Javiar. Lorsque nous repassons près du cordonnier, il est là, attendant en bordure de la route. Chaussé d’une paire de souliers de l’an quarante, il se rejoint à nous. Aucun problème.

Retour à l’hôtel, nous remettons ça au lendemain. Une nuitée plus tard, même scénario : ils m’attendent tout près de l’hôtel. Je les avise que je prends ça relax, puisque c’est ma dernière journée et que j’ai un petit mal de gorge. Le destin en voulut tout autrement.

Après une trentaine de minutes à petit régime, nous rencontrons un groupe de cyclistes ontariens. Des masters. Moi qui croyais que ce serait relax. Nous nous joignons au groupe, puis suite à quelques discussions, la nouvelle se répand que je suis un coureur élite. Ah bien, se disent plusieurs de ces quadragénaires, pas question de le laisser filer sans lui montrer que nous aussi ont est capables de vomir d’essoufflement dans une bosse.

Nous roulons deux par deux, je suis côte à côte avec celui qui a le plus beau vélo. Vient le temps de notre relais. 450 watts pour ceux à qui ça dit quelque chose. Après une trentaine de secondes, mon partenaire de relais ne pouvant plus imposer son rythme retourne à l’arrière. Soit, je l’accompagne puisque ce n’est pas si agréable de rouler à ce rythme.

Mais le petit peloton est soudainement bien excité. Tous mettent à profit leur testostérone et attaque les côtes comme si leur survie en dépendait. Et moi je suis.

Après quelques bons efforts, je suis à l’avant, je suis mes deux camarades Lionel et Javiar, pas tuables. Je me retourne : il n’y a plus personne. Nous continuons malgré tout à jouer à ce petit jeu finalement pas si désagréable que ça. Je remarque par la même occasion que les Cubains peuvent souffler un peu d’air de temps à autre.  

Nous revenons à l’hôtel tranquillement, puis le moment venu de se quitter, je donne à mes amis quelques bébelles de vélo, puis leur promets de leur rapporter des pneus l’année prochaine. En attendant, je retourne sur mon computrainer dans le frette alors qu’eux continueront de rouler cinq heures par jour au gros soleil, les chanceux.



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lundi 25 février 2013

Le vieux qui courrait


Dans un moment de confortable oisiveté intellectuelle, perdu dans les tréfonds d’Internet, je suis tombé sur une petite nouvelle internationale des plus dignes de mention.

Peut-être avez-vous entendu parler de Fauja Singh, cet athlète londonien adepte de course de fond, particulièrement de marathon. L’homme en question s’apprête à prendre sa retraite de la compétition et donnera une dernière prestation la fin de semaine prochaine au marathon de Hong Kong. Jusqu’ici rien d’extraordinaire.

Ce qui est un peu moins banal, c’est que le monsieur est âgé de 101 ans. Et détenteur de plusieurs records du monde en plus, chez les plus de 100 ans. 8h25  au marathon de Toronto en 2011 et 23 secondes 40 pour le 100 mètres. J’aimerais bien voir Hussein Bolt rendu à cet âge-là…

Non mais regardez-moi ça. Un maître, un surhomme, un véritable mahatma. Le look n’est pas mal non plus.


Être dans les pantoufles d’un cardinal, je voterais pour lui comme prochain Pape. Ce qui est encore plus remarquable, c’est qu’il a commencé à courir à l’âge de 88 ans. Comme quoi il n’est jamais trop tard.
Tout ceci est fort bien inspirant. Nous aussi, amateurs de sports vélocipédiques pouvons nous prosterner devant nos légendes.

Il y a peu, un français réconfortait de par ses exploits ceux qui parmi nous craignent la vieillesse. Vous avez entendu parler de Robert Marchand ? C’est le détenteur du record de l’heure de cyclisme sur piste chez les plus de 100 ans. Non, pas sur un tricycle. En bonne et due forme, sur une piste de vélodrome, au guidon de son vélo de route, pour 24,1 kilomètres. 102 ans, le petit vieux. Petit vieux pour qui ?


Plus proche de nous, à 75 ans, la légende locale Guiseppe Marinoni vient tout juste d’élever la barre du record de l’heure pour les plus de 75 ans. 35,7 kilomètres, et selon ses dires, l’athlète n’avait pas de bonnes jambes cette journée-là.

« Pas de bonnes jambes », ou encore « tassez-vous les jeunes, papi va vous montrer comment on fait. »


L’autre jour, je me suis collé à la force de l’âge. J’étais sur la fin d’une ballade de trois heures de ski de fond, et sur le chemin du retour, j’ai rencontré une de nos légendes locales laurentiennes.  Alors que je commençais à halluciner des barres tendres,  que mes triceps fournissaient autant de vigueur qu’une tisane à la camomille et que je cogitais sur un diner plutôt copieux, je suis tombé sur Paul Letourneau. Je ne révèlerai pas son âge, mais sachez qu’il pourrait très bien être mon grand-père.

Il me fit donc l’honneur d’agrémenter ma sortie de sa compagnie. C’est qu’il a tout de même un palmarès impressionnant, dont le titre de champion du monde de vélo de montagne chez les masters 45+ au début des années 1990. Au-delà de son palmarès, sa glisse n’est pas mal non plus. Assez pour faire défiler les cinq ou six kilomètres qui me restaient un peu plus rapidement que ce que prévoyaient mes triceps brisés.   

Malgré le rythme soulignons le en dehors de la traditionnelle « zone 1 », il me raconte qu’il en est à environ 60 sorties sur ses skis depuis le début de l’hiver. C’est environ le nombre de jours aux conditions skiables depuis décembre.

Nous déambulions ainsi à un rythme plus ou moins confortable. Paul me suivait, et je pouvais sentir l’aisance et la fluidité de son pas de patin. Il me dépasse le vieux calvaire. L’honneur veut que je m’accroche et que je suive, mais tout de même…  

La prochaine fois, j’apporterai une ou deux barres tendres supplémentaires pour suivre la force de l’âge. 

mardi 5 février 2013

La marmotte à vélo


Le moment où je sors de chez moi et que j’ai l’air de partir pour une partie de course à pied ou de ski de fond correspond à un instant de stress intense pour mon chien. Il se demande alors s’il aura le privilège de m’accompagner ou s’il devra compter les infinies secondes qui précèderont mon retour.

Vous devriez voir son regard lorsque je m’apprête à ouvrir la porte pour sortir. Plus anxieux que ça, c’est la paralysie cérébrale à tout coup. Mais à mes yeux, il ne semble pas être le seul à se faire dans la culotte en attendant mon retour.

Depuis que j’ai reçu mon vélo de montagne, je ne sais pas si c’est moi qui deviens fou, mais parfois j’ai l’impression que mon jouet tout neuf  me supplie de ne pas laisser la poussière s’y accumuler.

En fin de semaine, j’ai cédé à la démence. Mon vélo m’aboyait qu’il ne se pouvait plus. Heureusement,  l’occasion s’est présentée pour sortir l’engin en question. Les gens du Centre National de cyclisme de Bromont ont eu l’aimable idée d’organiser une épreuve amicale de vélo de montagne : la Course de la marmotte.

Donc samedi matin,  j’ai remis en marche la petite routine d’avant course. Liste des choses à ne pas oublier : Casque, check. Soulier, check. Tisane chaude, check. C’est que le thermomètre affiche tout de même un -15 degrés, de quoi priver toutes sensations du bout des orteils.

Malgré le froid, l’organisation avait un petit côté chaleureux qui fit vite oublier les bouts de pied paralysés. Nous n’étions pas une armée à nous être déplacés, mais tous étaient heureux de sortir leur monture. En plus, quasiment pas de neige sur un sol dur comme du béton !

Et go. Tiens, c’est déjà parti. On tourne en rond autour du Centre, quelques virages dans la pumptrack, et hop! On débarque et saute par-dessus les barrières de cyclocross. 17 tours au total pour 42 minutes de course. Ça va vite et ça goûte le sang gelé dans le fond de la gorge, avec un arrière-goût de beigne. Une bouchée de timbit donnait droit à 15 secondes de boni…



Félicitations à tous ceux qui étaient présents, autant pour l’organisation que pour ceux qui participaient. On remet ça bientôt, j’espère.

Ah oui, la marmotte aussi s’est prêtée au jeu. Après 5 ou 6 tours, elle a bunké.  Espérons tout de même que le printemps viendra plus tôt que tard et apaisera pour de bon mon délire de vélo parlant.


mercredi 30 janvier 2013

Merci.


Pas très accommodant ce début d'année. Avec ce froid qui pourrait presque justifier de chevelus mollets, l'hiver la joue à la dur. Je sortirai de mon hibernation en m’engageant dans quelques résolutions :

1-      Écrire un peu plus régulièrement sur ce blogue.
2-      Fournir plus de watts sur les pédales.
3-      Remercier mes commanditaires

La première étant bien entamé et la seconde en bonne voie, je passe à la troisième.

J’ai toujours été supporté par plusieurs personnes depuis que je m’investis sérieusement dans le vélo de montagne. Tous ces beaux logos qui colorent mes maillots de vélos sont certes très décoratifs, mais ils me fournissent aussi une précieuse aide.  

Merci à EspressoSports pour tout, ça fait déjà 11 ans que mes vélos passent sous leurs bistouris et qu’ils ressortent toujours fringants de l’atelier.

Merci aussi au centre de conditionnement physique Gymspa bien dans sa peau, l’endroit par excellence pour lever de la fonte et exécuter toutes sortes de mouvements les plus insolites les uns que les autres.

Côté matériel, je roulerai assis confortablement au guidon d’un vélo Specialized. Ça fait déjà trois saisons et je ne me lasse pas. C’est du vrai matériel de champion.

Enfin, un nouveau venu pour 2013 : les produits de la marque Liberté s’associent à mon image, pour le plus grand plaisir du fan de yogourt que je suis. Ils font d’excellents produits, très nutritifs et délicieux au passage.

Voilà, les remerciements sont chose faite.

Maintenant, question d’honorer la deuxième résolution, je m’envolerai encore cet hiver vers une destination plus accommodante que mon sous-sol pour la pratique du vélo. Dans un mois, je décroche ma roue du computrainer pour goûter au soleil cubain, sur l’île à Fidel. Ce sera l’occasion pour moi d’ajouter quelques bornes à mon compteur, en plus de ragaillardir mes mollets.

Côté compétition, le calendrier est plutôt précoce cette année. Je me prêterai au jeu de la Course de la marmotte, une ballade sur neige à saveur compétitive qui aura lieu au Centre national à Bromont ce samedi 2 février.

Au plaisir de vous y voir frotter mes roues.

jeudi 13 septembre 2012

Ghislain


Et je ressusciterai d'entre les morts...
J’avais quasiment oublié la sensation que cela fait de descendre une côte à vélo le poil de jambe au vent. Délicieux.

Avec seulement un bras fonctionnel au cours des dernières semaines, loin de moi les obligations de l’éradication capillaire, de même que le vélo. Mais voilà que ma bien aimée monture de route ressuscite d’entre les morts, pour quelques randonnées montréalaises.

J’aime bien le mont Royal. On y croise un amalgame de cyclistes de toutes espèces. Des vieux, des jeunes, des vites, des pas vites, des pros, des cyclotouristes. Même seul, avec un peu de chance, quelques sympathisants veulent toujours se faire une petite partie de grimpette. Celui qui arrive en haut le moins essoufflé gagne.



Aussi, cette butte est l’habitat naturel de quelques braves qui, instinctivement, vous étiquettent comme défi potentiel. Je prends ta roue et je ne la lâche pas quoiqu’il arrive.

Cette semaine, je m’en suis collé un vrai.

À peine j’entame à petit train mon premier tour, déjà il se met en chasse. Un vrai de vrai. Aucune excuse, toutes les raisons sont bonnes pour se mettre à bloc.

Première ascension, je me retourne, je constate : je suis pris en chasse. Bon, inutile de mettre cartes sur table tout de suite. Le poursuivant me montre ses atouts et me dépasse. Même pas essoufflé. Dans une retenue digne du plus puritain des moines tibétains, je garde mon rythme d’échauffement.

Je conserve la cadence dans la descente, je le dépasse, et le voilà qu’il se vautre dans ma roue.

Deuxième ascension. Le prédateur est toujours là. Moi, bien échauffé, j’embarque le tempo. Mais c’est qu’il s’accroche, le filou.

Tu veux jouer papi ? Allez, on passe en quatrième vitesse. Mais qu’est-ce donc ce raffut ? On jurerait la respiration d’un labrador exténué. Il respire toujours, et violemment en plus. Comment un homme peut-il faire autant de raffut sans s’évanouir ? Non mais c’est que je n’ai pas du tout envie d’arrêter et d’appeler une ambulance pour cause d’inhalation abusive d’oxygène.

Pas mal, mon petit père…on monte quand même à plus de 400 watts.

La bute passée, voilà le moment de sympathiser avec le dur à cuire. Ghislain, de son nom, est un vrai. 49 ans, père de famille, prof de math, coureur chez les masters B, et aucune excuse pour ne pas suivre jusqu’à explosion.

J’entame prestement ma troisième boucle. Mais c’est qu’il en redemande. Voilà, vous êtes servi cher monsieur, que votre gourmandise soit rassasiée. Même tempo que la fois précédente, Ghislain souffle si fort dans mon dos qu’il me propulse.

Ce qui devait arriver arriva. Les essoufflements s’éloignent derrière moi, je suis soulagé. Mon honneur est sauf, je peux enfin m’autoriser à avoir moins mal. Ghislain a éclaté.

J’aime bien ce courage, cette rage de suivre typique au rouleur masters. Cela fait contraste que de rouler uniquement selon l’intensité X, au wattage près, comme le veut la pratique de l’entrainement cycliste élite.

Mes respects, chers masters. Moi-même, je n’ose même pas aborder mon coup de pédale avec la même hargne. La discipline empêche parfois le dépassement de soi. Je me transforme donc, le temps d’un automne, en master aguerrit. Place à l’honneur. 

dimanche 19 août 2012

Fin du chapitre


Mon expérience en matière de blessures sportives me permet d’affirmer ceci : la plupart du temps, cela ne tient que du ridicule.

Qui n’apprécie pas exposer une entaille glorieuse, gage de témérité et de courage ? Pour ceux qui se sont délecté du classique film Slap Shot, j’aime bien emprunter les séducteurs propos du personnage de Maurice : « Ça s’tune coupure très profonde, ergarde. » 

Dans mon cas, chaque chute à vélo m’ayant été fatale découlait d’un rien du tout. Vulgaire accident de parcours suivit d’acrobaties ridicules, avec comme final une lésion corporelle.

Un grotesque incident s’est ajouté hier à mon palmarès. Je participais à la dernière course régionale avant le raid Bras-du-Nord en fin de semaine prochaine, et comble du malheur, le ridicule sévit  de nouveau.  Cette course faisait partie des ultimes efforts dans ma préparation finale, mais le destin en a voulu autrement.

Seulement vingt minutes après que les loups furent relâchés, seul en tête, j’affrontais le ridicule.  Sur une section du parcours au dénivelé égal à zéro, alors que je me concentrais à pousser sur les pédales, l’une d’elles heurta un caillou. Le choc fut assez brutal pour que, contrairement à ma pédale étampée sur la roche, mon vélo et moi-même poursuivions notre lancée dans le faussé. Seul moment soi-disant glorieux : un gracieux vol plané au final de l’acrobatie.

Je râle, j’ai mal partout, et pire que tout je suis contrarié. Mon guidon est désaxé et mon casque fendu. Taïaut! Dans un moment de lubie, j’envisage de repartir à l’assaut du parcours. Mon épaule qui émet un craquement suspect alors que je me relève me ramène à l’ordre. Sortir du bois sera déjà bien assez.

Le diagnostic est clair : j’ai le ligament coracoïdien mal en point, en plus d’une légère commotion. Aujourd’hui j’ai l’épaule gauche enflée comme ma déception de devoir prendre encore du repos. Ça semble plutôt foutu pour le raid dans une semaine.

J’admets donc que ma saison se termine aujourd’hui. Fin du chapitre. Pas du livre. Je demeure motivé à me dépasser dans le monde de la course à vélo.

Avec la saison que j’ai eue, j’avoue avoir eu quelques questionnements, quelques doutes à savoir si je désirais poursuivre. Tous ces bobos et ces coups de malchances s’accompagnent inévitablement d’instants de réflexion.

Après délibération, j’en viens à la conclusion que l’essentiel demeure : le vélo, la compétition et le vent caressant mes oreilles m’apportent toujours le même plaisir.

Pour l’heure, question de profiter de ce qui reste des jours avant le début de l’école, place à quelque temps au bord de la mer, à ne rien faire du tout hormis contempler mon épaule en train de dégonfler. 

mardi 31 juillet 2012

Voir du pays


Ce qui est bien avec les courses de vélo, c’est que ça permet de voir du pays.

Certaines destinations sont désormais traditions. Le voyage annuel vers St-Félicien ne serait pas le même sans une pause pipi à La Tuque. Le voyage vers Gatineau serait monotone sans les fourberies de mon GPS qui, ignorant le nouveau tronçon de l’autoroute 50, me mène tout droit sur un traversier de campagne.

Mais ces destinations, quoique fort plaisantes, deviennent à la longue redondantes. Un peu à l’image du banlieusard qui s’expatrie religieusement chaque été deux semaines à Old Orchard, je monopolise annuellement une bonne part de mon été pour ces activités.    

Or, ma préparation pour le fameux raid Bras-du-Nord m’a convié la fin de semaine dernière en Estrie, grande oubliée par les organisateurs du circuit provincial de cross-country.

Pour m’être délecté l’automne dernier des sentiers paradisiaques qui se trouvent à East Hereford, j’ai eu envie d’y retourner cette année pour participer au raid Jean D’Avignon.

Question de voir du pays, voilà un bien charmant village. Situé en bordure des lignes américaines, au fin fond de l’Estrie, son éloignement de l’autoroute 55 a tout pour plaire aux amateurs de routes de campagnes et aux ermites.

Le départ de l’épreuve avait lieu relativement tôt, sous les coups de 9h le matin. On nous conviait à 7h pour l’inscription, ce qui me conféra le plaisir de conduire ma voiture tout en somnolant, entremêlant bucoliques paysages aux rêveries ayant animé mon sommeil nocturne.

On aurait dit un conte de fées, tellement cela semblait irréel. Les montagnes, tapissées de plantations de sapins tous plus parfaits les uns que les autres, dormaient encore sous la brume matinale. Je n’aurais même pas été surpris de voir surgir des bois une compagnie de nains barbus bucherons au service du Père Noël. Quelque peu contrastant avec la sérénité de ce paysage de carte postale, le tuyau d’échappement défectueux et très bruyant de ma voiture ramena mes pensées à l’ordre. Ce qui fut une bonne chose, compte tenu de l’inquiétude que manifestait ma copilote au sujet des zigzags routiers peu rassurants dont j’étais l’auteur.

Nous sommes arrivés sains et saufs, avec amplement de temps devant nous pour constater que nous avions amplement de temps devant nous, et pour me permettre de me réveiller officiellement.

Heureusement pour mes adversaires, mon organisation pour l’épreuve fut aussi scrupuleuse que l’évacuation des passagers du Titanic, c'est à dire bordélique. J’allais en payer le prix.

Plusieurs contrariétés : Premièrement,  j’avais oublié de charger mon GPS la veille. Or, cet outil s’avère capital dans ce type d’épreuve, compte tenu du fait que les écureuils, malgré toutes les politesses leur étant adressées, ont pour seule réponse de fuir ou de siffler des sottises lorsqu’interrogés sur la distance restante. Peu fiables. Je ne vous les recommande pas.  

Deuxièmement, les organisateurs nous ont prévenus avant le départ que malgré le court trajet (60 kilomètres), notre passage dans une multitude de singletracks des plus techniques allait réduire considérablement la vitesse moyenne. « Attendez-vous à quatre heures pour les vainqueurs », qu’ils disaient. « Prenez garde à telle descente technique, extrême, apique et truffée de lames de rasoir » qu’ils disaient. Avec leurs gros yeux, c’est tout juste si on ne nous a pas mis en garde contre la sorcière du coin et son armée de trolls. Bref, je m’attendais à quelque chose de costaud, un peu plus long que Vélomag.

Une fois le départ lancé, je ne me suis pas assez énervé quand ça le train s’est mis en route. « Laisse-les partir, tu as quatre heures devant toi », je me répétais. Erreur. Après 1h30, ayant rattrapé un junior parti en junior, je le priai de m’informer de la distance parcourue. Exactement 30 kilomètres, me répond-il, tout juste la moitié. Et selon quelques bénévoles en bordure des sentiers, le troisième qui a un peu plus de quatre minutes d’avance sur moi. Oups. Mesdames mes jambes, plein régime, s’il vous plait.

La deuxième moitié de la randonnée fut d’un bon tempo. Loin de moi l’envie de téter les roues, j’y suis allé peu conservateur dans les sections roulantes.

À la ligne d’arrivée, malgré ma déception d’avoir laissé filer les meneurs, j’étais tout de même content de moi. Je termine à un peu plus de 5 minutes du champion Raphaël Gagné, et tout près de 1minute 30 du troisième Alexandre Vialle. Petite parenthèse : ce dernier, disons-le, malgré son jeune âge, avance à un rythme plutôt respectable.

Je termine donc quatrième overall et troisième chez les séniors, pour 2h53 de course, les poches pleines de barres énergétiques et de victuailles de toutes sortes superflues.

Malgré la courte durée de l’épreuve, l’ensemble de l’événement mérite toutes mes recommandations. Autant l’organisation, les paysages, les gentils et dévoués bénévoles, le bon goût des melons d’eau à l’arrivée, tout ceci fut délicieux.  

Ah oui, et pour un village de moins de 300 habitants, pas mal… Tout juste comme si le marathon de Montréal comptait plus d’un million de participants arborant un sourire béat de satisfaction.