mardi 3 juillet 2012

Le plein de diesel, s'il vous plait.


Ma victoire cette fin de semaine au raid Vélomag au mont Ste-Anne a inspiré un journaliste du Journal de Québec, qui en a fait l’objet d’une chronique imaginaire. Après m’avoir honoré de son interview, un conte plutôt fictif jaillit de sa plume. Bien que son histoire fût divertissante, je tiens à raconter l’histoire réelle, afin de remettre les pendules à l’heure.

Voici donc les choses telles que je les ai vécues :

Nous étions trois compatriotes séniors d’Espresso Sports à prendre le départ. Mes vieux compagnons d’arme Sébastien et Jérémi m’accompagnaient dans cette aventure.

Avant le départ, fringants et propres
N’étant pas un habitué de ce type d’épreuve, j’avais bien hâte de voir comment la ballade se déroulerait. Une chose que je savais, c’est que nous allions carburer au diesel. J’ai par conséquent prévu de quoi tenir. Je me suis mandaté de grignoter sans cesse : 2 bananes, 2 powerbars, 2 gels, un paquet de jujubes et un bon bidon de gatorade (en plus de quelques hectolitres d’eau). C’est tout juste si je n’avais pas prévu une savoureuse paire de hot dog michigan.

Le départ, plutôt matinal, me convenait parfaitement. Après une légère mise en jambe, nous partions à 9h30. J’étais plutôt en recul de la tête, faute d’avoir participé au cumulatif des épreuves de la fin de semaine, mais je n’ai pas tardé à prendre position parmi les meneurs dès les premiers coups de pédale.

Après une trentaine de minutes, nous étions quatre en tête : moi-même et Sébastien (mon coéquipier) rivalisions avec Aroussen Laflamme (coureur d’Exprezo) et Jamie Lamb (coureur de la Nouvelle-Écosse). Dès les premières minutes, le rythme assez élevé me surprit, mais je me prêtai tout de même au jeu.
Le coureur d’Exprezo ne ménageait pas les relances dans les bosses, si bien que je me demandais comment il tiendrait le rythme jusqu’à la ligne d’arrivée.

Trois bonnes montées nous attendaient, d’une longueur respective de huit, quatre et six kilomètres. Vint la première. Lente, humide, rocailleuse, apique. Ces quelques kilomètres s’attardaient un peu trop à mon goût sur l’écran de mon GPS. Tout près d’une heure de grimpe. Au début, nous étions quatre, à la fin, plus que trois. Le fougueux Aroussen ne put s’accrocher au train.

Pour le reste de la course, du moins jusqu’à l’ascension finale, nous nous alternions la tête, moi et mon coéquipier.  Je peux compter sur les doigts d’une main les minutes pendant lesquels notre concurrent de la Nouvelle-Écosse prit les devants. C’est plutôt normal, puisque Sébastien et moi avions l’avantage d’être unis par nos couleurs d’équipe (et notre camaraderie, bien sûr). À plusieurs reprises, afin d’affaiblir notre adversaire, Sébastien me laissait partir, moteur diesel à plein régime, restant en retrait avec l’autre, pour ensuite décoller telle une fusée pour me rejoindre, minant d’acide lactique les gros jambons du nouvel écossais. Une vraie locomotive, notre duo d’Espressosports.

Malgré cette épique chevauchée d’équipe, je tenais tout de même à franchir le premier l’arche d’arrivée.  Je savais très bien que les vingt derniers kilomètres, majoritairement descendants, convenaient davantage aux pilotes compétents dans la limite de la perte de contrôle, compétences que Sébastien maîtrise tel un dieu. Par conséquent, j’ai joué le tout pour le tout dans l’ascension finale, la plus ardue. J’ai mis toute la gomme, décrochant mes adversaires. Au sommet du mont Ste-Anne, j’étais seul en tête.

La descente avait un petit quelque chose à congeler les yeux, surtout quand on se donne comme objectif de toucher le moins possible aux freins. Jamais de toute ma vie je crois n’avoir atteint de vitesse aussi élevée sur mon vélo de montagne. Quand j’y repense, je suis reconnaissant à l’égard de mes pneus qui ont eu l’amabilité de ne pas exploser.

Bref, après les cinq premiers kilomètres dans des pistes de downhill, les quinze dernières bornes furent quelque peu trompe-l’œil. Certes, cela descendait, mais juste pas assez pour ne pas relâcher les gaz. En prime, quelques petites grimpettes n’attendaient que le moment d’achever les vestiges de toutes réserves énergétiques. Toujours en tête, seul, je n’avais aucune idée du temps me séparant de mes hardis poursuivants.  Mon derrière, souffrant de quelques sauvages enflures et irritations, me motiva à attaquer debout sur les pédales les dernières bornes.

Enfin, j’aperçois les pentes et le chalet de ski, la ligne d’arrivée, et surtout, les chips et les melons d’eau. Mon chrono affiche 3h48. Pas mal.

1er toutes catégories confondues, Sébastien 3e
C’est rare que je dévore des chips et des peanuts aussi savoureuses.  

Aussi, en attendant que mes compères franchissent à leur tour le fil d’arrivée, je revins sur une pensée qui me trottinait en tête :

Après avoir constaté que nous déambulions à un rythme plutôt hâtif, que les minutes et les kilomètres s’attardaient sur l’écran de mon GPS, que mon corps m’envoyait des signaux de détresse, j’ai pensé à tout le reste du peloton qui passerait derrière nous. Puisque j’avais un peu de temps devant moi, je me permis le luxe, tout en pédalant, d’émettre quelques hypothèses. Si je franchis la ligne d’arrivée le premier, non sans un certain supplice corporel, qu’en sera-t-il de tous ces valeureux qui me suivent ?  Vont-ils devenir fous ? Avoir des hallucinations ?

Gagner un raid de 80 kilomètres en 3h48 minutes c’est une belle performance. Compléter un raid de 80 kilomètres en 6 heures et des poussières, sans camps d’entrainement ni 700 heures annuelles dans les pattes, c’est héroïque.

Ces gens-là sont des braves au moral d’acier. Nous, coureurs dits d’élite, n’avons pas le même mérite. Nous passons notre temps à entrainer nos jambes pour qu’elles tournent vite et poussent fort. Nous avons tout aussi mal, simplement moins longtemps.

Bref, à tous les coureurs du dimanche, à tous les sportifs maîtres, à tous les papas et les grands-mamans à vélo, vous avez mon admiration. Je vous envie, et je l’espère, j’aurai un jour le même mode de vie que vous et surtout la même ténacité. 

lundi 25 juin 2012

Mégalomane


Parfois, quand j’évoque que je viens tout juste de prendre mes aises sur mon vélo de route pour un petit 80 kilomètres de bitumes, les yeux ronds des néophytes en matière de toutes choses vélocipédiques me dévisagent. Deux choses alors se passent : un sentiment de supériorité athlétique s’empare de moi. (Avouez-le, nous autres cyclistes avons tous déjà goûté à cette mégalomanie). Deuxièmement,  ça se devine, ils se réconfortent en visualisant la distance parcourue dans le confort d’une voiture. Imaginez la réaction s’il était question de 80 kilomètres non pas d’asphalte, ni de terre battue et encore moins de pavés du mythique Paris-Roubais, mais plutôt de 80 bornes de sentiers et de single track parcourus à dos de vélo de montagne.

Jouissif. Rien qu’à y songer, j’ai envie de lancer par la fenêtre cette machine à écrire et de me les enfiler ces 80 bornes. Nenni, jours de repos.

J’en viens au fait : le calendrier de course québécois n’a pas dit son dernier mot. Les grosses épreuves de cross country se sont accaparées pas mal toutes mes fins de semaine depuis un bon mois et demi, ne laissant que quelques dates éparses sur ce qui reste de la saison. C’est là qu’arrivent à la rescousse les raids, courses d’endurance soumettant autant le physique que le mental. Joie, plaisir et volupté. 
     
Voici maintenant le scénario à venir d’une fin de saison enivrante : je dirige désormais mon énergie à me préparer en vue du championnat national de raid. En plus, l’événement a lieu cette année dans des sentiers à la mode, soit ceux de St-Raymond-de-Portneuf.  

Une des choses que j’ai apprise avec l’entrainement, c’est qu’il faut y aller progressivement. Le raid Vélomag, voilà l’occasion rêvée de tester et d’aguerrir mes mollets. Les voici, mes 80 kilomètres de « prélassement », où je me confirmerai si je suis apte à enfiler une bonne distance. Mentalement, ça devrait aller. Après avoir participé à l’édition 2009, amicalement surnommée « vélomarde », je n’entretiens plus de craintes. La solitude de l’enfer des chemins boueux, des rivières torrentielles, des lignes d’Hydro sans fin, tout ceci ne m’effraie plus. C’est plutôt le physique qui m’inquiète, quoique ça aille de mieux en mieux. Je complète tout juste ma première semaine de 15 heures de pédalage depuis belle lurette et le genou tient le coup. Du coup, je souris, je ris et je m’amuse un peu plus, tout comme mes bonnes jambes qui semblent reprendre du service.

Je dis qu’il faut y aller progressivement, puisque St-Raymond-de-Portneuf, c’est tout près de 100 kilomètres de sentiers qui dévisageraient le plus pur des néophytes. 97 bornes pour être exact. De quoi me permettre d’abuser un brin de mégalomanie. Un accomplissement qui se glisserait bien dans une conversation de celui qui fait pipi le plus loin, ou tout simplement pour impressionner les foules.

Question d’impressionner, mon début de saison n’a rien d’enviable, quoique j’ai sauvé l’honneur au championnat national la fin de semaine dernière. Je m’y suis bien battu et j’y termine 11e, mieux que l’an dernier où j’avais décroché la 13e position. J’espérais tout de même une 8e place qui m’aurait fourni 20 points UCI et mon billet pour les coupes du monde. Ce sera une prochaine fois.

En attendant, j’ai marqué d’une croix blanche la date du 26 août, celle de l’épique chevauchée de 97 kilomètres, et tel un Jules César, tel un Kanye West, tel un Kadhafi du peloton, je porterai mes plus beaux habits, exhiberai des sourires de douleur aux photographes et impressionnerai tous les « el bo frère » de ce monde.

lundi 4 juin 2012

Séjour agréable


Eh voilà, la série de la Coupe Canada 2012 se termine aussi vite qu’elle a commencé. Trois fins de semaine, trois courses, trois jours inoubliables. Inoubliables de malheurs.

Sans attente, je pris le départ de Tremblant sans réelles ambitions, hormis celle de donner le meilleur de moi-même. J’y termine 17e. Pas si mal.

Après Tremblant, bête que je fus d’espérer. Le deuil n’en fut que plus désagréable. Coup du destin : à Baie-St-Paul, un « jour sans » m’empêcha d’avancer. J’y termine 26e avec une humiliante chute à mon dernier tour, ce qui m’arracha quelques frivoles positions.

Vint la troisième manche à Hardwood Hills. Une malchance inouïe me collait bel et bien aux pneus. Motivé comme un joueur de rugby néo-zélandais, n’ayant absolument rien à perdre, j’ai tout donné. Pour 15 secondes de course. Ce court, mais intense laps de temps écoulé, ma roue avant frotta celles de quelques surexcités qui me devançaient. La témérité de quelques-uns conduisit le peloton dans un tumulte d’acrobaties des plus spectaculaires. Grandiose fut le spectacle. Modeste fut la solidité de ma roue avant. Elle oscillait. Je constate, je m’arrête, je me contrarie. Fin de la partie.



Mais trêves d’amertumes. Parler de mes malheurs n’entraine que déprime et ennui. Attardons-nous plutôt aux bons côtés. De un, j’ai épargné mon genou. De deux j’ai rencontré des gens sympathiques. De trois, j’ai exercé mon anglais qui ne sort pas souvent de son terrier. Yes-no-toaster.

Faute d’avoir été sélectionné par l’équipe du Québec pour ce projet, je dus trouver un autre logis. Heureusement, Sarah Moore (également coureuse élite) et sa famille eurent la bonté de m’amener avec eux.
Nous logions à cinq minutes du site de course, chez un couple de gentils retraités. Et pas n’importe lesquels : la dame fut jadis, dans les années 1990, championne du monde de vélo de montagne chez les 60 ans et plus. Vous avez bien lu.

Autant accueillant est ce couple de sportifs septuagénaires, autant chaleureuse est leur demeure. Blottie au creux d’un bosquet, l'accueillante maison semble tout droit sortie de la Compté, où réside Bilbon Sacquet.
En son intimité, le confortable logis regorge des traces d’un passé sportif des plus glorieux : médailles, trophées et photographies font honneur aux murs. L’air est empreint d’une passion pour le plein air, le sport et la compétition. On y respire la même flamme sportive.  

Outre ces souvenirs, elle est coquettement décorée. Telle une bonne vieille pantoufle, la chambre qui m’est attitrée m’invite au repos. Boiseries, odeur de pin et matelas moelleux vous emportent dans un délicieux sommeil. Avant de m’endormir, je peux même sentir que les draps de flanalette ont été choisis et installés avec bienveillance.

Ces gens sont si charmants qu’ils nous nourrissent comme des rois. Ou plutôt comme des sportifs à la chasse aux glucides. En plus de toutes sortes de bons aliments biologiques, nous sont servis croustades aux petits fruits, brownies et une multitude de petits plats maisons. Vous devinerez qu’ils sont savoureux et préparés avec amour.

Bref, malgré tout, le séjour fut des plus agréables. 

lundi 14 mai 2012

Mea Culpa


Les confessions semblent la grosse mode, alors je me lance :

Je l’avoue. Je suis dopé.

Les endorphines, vous connaissez ? Une substance euphorique et analgésique libérée par le cerveau suite à un effort physique. Dopé aux endorphines. Il n’y a pas plus légal et sain.

J’en ai une sérieuse dépendance. Les quelques annulations d’entraînements ces derniers jours me l’ont confirmé. Blessure oblige. Privé de ma dose quotidienne, je vacille au-dessus d’un abîme sans fond.

Le sevrage est pénible. Tout d’abord, il y a la colère. La colère de subir le bon vouloir d’un tendon récalcitrant. Ensuite vient la panique. La panique des jours puis des semaines qui s’enchainent, du temps qui fuit, des courses qui approchent, de la forme qui s’enlise. Suit la frustration. Celle de ne pas être à la hauteur de tous les efforts fournis. Enfin vient la remise en question : ai-je fait mon temps ?

Non. Du moins pas encore.

L’endorphinomanie, c’est probablement une des plus belles dépendances. Chaque entraînement, chaque sortie de vélo, c’est une bonne occasion d’y gouter. Gouter à l’euphorie, à la béatitude, à l’extase.

Sevré, je me suis surpris, tel un toxicomane, à tout faire pour ne serait-ce qu’une dose. Tout y est passé : alimentation, position sur le vélo, techniques de récupération. Tout pour que ce coquin de genou ne perturbe plus mon bon plaisir.

J’ai souffert. Pas juste mentalement, physiquement aussi. J’ai confié le mal aux bons soins de plusieurs spécialistes, dont un physiothérapeute aguerri. Ce cher monsieur m’a brutalement soulagé d’une tension qui nuisait au bon fonctionnement de l’articulation rebelle. La technique : un ponçage de la bandelette iliotibiale. Le prix : un terrible supplice corporel.

Vous voulez savoir à quel point? Imaginez simplement Rocky Balboa exerçant son punch sur votre bandelette. À faire grimacer Chuck Norris.

Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour sa dose d’endorphine…

Je l’ai finalement eu ma rechute. Samedi, j’ai joint quelques sympathiques cyclistes pour une petite compétition : première étape du circuit régional. Le genou a tenu bon, le moral aussi. En fait, j’étais plutôt de bonne humeur.


Voilà qui s’annonce plutôt bien. La première coupe Canada aura lieu ce samedi à Tremblant. J’y anticipe un gros trip d’endorphine.

Première course régionale, Val-Morin


dimanche 29 avril 2012

Mange les tes brocolis


Une Ferrari ça ne se fait pas réparer au garage « Chez Ti-Jean » et ça ne carbure pas à l’essence ordinaire. Un peu comme l’organe de la voiture rouge, le moteur du vélo requiert un traitement délicat. 

Pour aller vite, il faut pédaler fort. Pour pédaler fort, il faut parfois ralentir un peu, se détendre, bien dormir, ingurgiter tous ses acides aminés, toutes ses vitamines, tous ses minéraux, s’étirer, rendre visite aux massothérapeutes, ostéopathes et physiothérapeutes de ce monde. Sans oublier la position sur l’engin, la performance du matériel, le choix des armes. Enfin, il faut savoir livrer la marchandise au jour J, doser l’effort, sourire sur le podium.

Là n’est pas la norme, bien sûr. Mais pour aller vraiment vite, du moins être celui qui ira le plus vite, aucune de ces modalités ne doit être prise à la légère. Ce n’est pas évident, mais c’est pour ça que des grands champions internationaux, il n’en pleut pas.  

Une seule déviation à cette ligne de conduite peut entrainer la ruine. L’échec. La fin. L’enfer.

Pourtant, c’est si facile de négliger. Ça n’a qu’à bien aller pour un temps, le temps de laisser-aller, et PAF. Catastrophe. J’ai eu ma leçon. Promis. Juré. Je ne recommencerai plus.

Je les ferai mes étirements. Je les prendrai mes vitamines. Je dormirai les jambes en l’air. Je … J’irai encore plus vite.

Alors que j’écris ces quelques lignes, il fait aussi beau dehors que le jour où Simba nait dans Le Roi Lion. Vous vous en souvenez de cette scène avec les rayons de soleil et tout? Moi je suis séquestré par mon genou. Je l’ai quelque peu négligé, lui imposant des intervalles inopportuns alors que j’étais victime d’une faiblesse. À son tour, il néglige ma bonne humeur, le fripon. Il est douloureux et il me le fait savoir.

Mentalement, c’est une torture. Non, une sauvagerie du destin.

Évidemment, il y a pire. Mais cela reste tout de même contrariant. En espérant que ces quelques lignes en fassent réfléchir quelques-uns sur les bienfaits de prendre soins de son corps. 

jeudi 22 mars 2012

Californie, prise deux

D’un point de vue extérieur, l’entrainement hivernal d’un cycliste tient du ridicule. Pédaler tel un hamster dans son sous-sol des heures durant, se soumettre des mouvements en apparence grotesques au gym, faire son trois heures de « marche rapide » en raquette, tout ceci n’est pas garant de plaisir.

Certes, j’apprécie les joies de l’hiver, j’aime bien mes skis de fond, je m’y évade, loin de la monotonie du rouleau. La coupure saisonnière m’est salvatrice des exigences de la saison de course. Mais là, ma patience avait atteint un sommet. Trop de rouleau, trop de moments à pédaler seul face au mur, pas assez d’air sifflant dans mes oreilles.  

Heureusement, le Sud m’a convié à un second camp d’entrainement bien au chaud. Pour la deuxième fois cette année, j’ai profité de la clémence du climat californien. Au programme : dix jours d’entrainement en vélo de montagne, toujours avec l’équipe du Québec. Il n’y a rien de mieux que de rouler sous un soleil sudiste, cette fois sur les sentiers légendaires qui ont vu naître mon bien aimé sport. (Eh oui, le vélo de montagne fut en partie inventé en Californie). Aucune simulation, que des cailloux, du sable et des cactus.


Au dernier tour du XC
Ce fut pour moi l’occasion de participer à ma première course de l’année. Les 10 et 11 mars, j’ai pris part aux trois épreuves respectives de la US Cup à Bonelli Park, en banlieue de Los Angeles. Un cross country le samedi avec un super D en soirée, suivi d’un short track le dimanche. Je me suis contenté du 25e rang en cross country. J’aurais espéré mieux, mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut. Il me manquait la petite dose de nitro, le kick indispensable pour attaquer. De plus, un caillou a sauvagement agressé le flanc de mon pneu arrière lors du dernier tour. Je fus contraint de terminer le dernier tour à un rythme peinard, laissant la joie de me dépasser à quelques coureurs excités par la perspective d’un gain de positions. Tout de même, pour une course aussi précoce dans le calendrier, je suis satisfait, d’autant plus que le niveau en US cup est un peu plus élevé que celui en coupe Canada. En soirée, le super D fut amusant, malgré une longue attente pour seulement un cinq minutes de course.   

Les joies du Short Track
Le lendemain eut lieu le short track. Une épreuve de force où le jeu consiste à se faire mal. Très mal. Les règles sont simples : sur un parcours en boucle d’une durée d’environ deux minutes et demi, les coureurs roulent à fond pendant 20 minutes, après quoi l’officiel signale aux survivants qu’il reste deux tours pour achever les plus faibles. Lorsque les coureurs de tête vous rattrapent, vous êtes sortis. J’ai vraiment tout donné, mais ce type d’épreuve n’est vraiment pas ma force. On m’indiqua la sortie après 15 minutes de calvaire. Pour une première expérience, j’ai beaucoup appris : je ne savais pas qu’il était volontairement possible de se faire aussi mal.  

Pour la suite du camp, moi et mes confrères de l’équipe du Québec nous sommes dirigés vers l’est, dans la ville de Palm Springs, pour une semaine de vrai vélo de montagne. En arrivant dans cette région, le choc fut brutal. Palm Springs se compare à une colonie martienne tout droit sortie d’un roman de science-fiction. Dans une vallée désertique entourée de montagnes rocailleuses trône cette ville verdoyante. Tout est beau, tout est vert, tout est arrosé. D’où provient toute cette eau ? On l’ignore, mais ce n’est probablement pas du pipi de serpent. Cette communauté abonde de gentils et riches retraités qui y coulent des jours paisibles. Aussi, visiblement appelée à un destin tout autre que celui d’aller jouer au bingo au volant d’un rutilant Lincoln Navigator, la communauté hispanophone y est bien implantée. Ils tondent le gazon, arrosent les fleurs et préparent de délicieux burritos. Tout ce que vous n’avez pas envie de faire. Comme quoi l’ethnicité des classes sociales est bien marquée à Palm Spring, comme l’abondance de taco grills.  

La piscine en question
Le passage de notre motel proche de Bonelli à notre maison de Palm Spring fut contrastant. Dans cette demeure, tout était immense, cher et m’as-tu-vu. Bref, très américain. Pour notre bon plaisir, nous avions une grande piscine, un terrain de basket, un magnifique jardin parsemé de fontaines et un titanesque barbecue qui aurait rendu jaloux même l’animateur obèse du food chanel. Bien entendu, toute cette luxure nous fut très profitable.



Et que dire du vélo de montagne ? Le plus beau que j’ai fait depuis bien des temps. Ces sentiers rocailleux me donnèrent une bonne occasion d’améliorer mon pilotage, un atout négligé par l’entrainement de sous sol. Nous avons fait de superbes randonnées et de bons entrainements. Les collines avoisinantes de Palm Springs regorgent de sentiers qui se prêtèrent à de bonnes sorties de groupe, à des entrainements spécifiques et à des tests de terrains. Sans oublier le chaud soleil qui malmène la peau des imprudents qui boudent la crème solaire.

À l'assaut des montagnes

Bref, je reviens bronzé, avec ce tan qui en dehors de la communauté cycliste parait ridicule (marques de bas, cuissard, jersey et sangles de casque). Il me reste deux bons mois pour peaufiner ma préparation en vue des premières courses qui compteront pour de vrai, soit les coupes Canada du mois de mai. Heureusement pour moi, le beau temps semble comprendre mon écoeurantite de rouleau. Depuis que je suis revenu, soit quatre jours, j’ai roulé quatre jours à l’extérieur en cuissards courts. Vive le printemps.  
                                                                                               


mardi 6 mars 2012

What would Chuck Norris Do ?


Il y a un bon vieux dicton que j’aime bien : What would Chuck Norris do ? Par moment d’insécurité psychologique, ces paroles parviennent toujours à me ragaillardir. Un vrai mantra.
Hier fut une de ces journées inspirantes et privilégiées où je m’adonnais à ce sport qui me passionne, en compagnie du bon vieux Chuck Norris. L’athlète, le coureur des bois, le Tarzan des sentiers.

Pour l’occasion, faute de saison estivale, nous arpentions les pistes de raquette.
Chuck Norris ne fait pas les choses à moitié. Celui-ci se jette avec passion dans les sentiers. Rapide, il enchaine les virages avec puissance, colle au sol pour accélérer énergiquement, bondit au-delà des obstacles. On dirait presque qu’il vole. Un artiste.

Le torse bombé, le cosaque impose son rythme. Gare aux paisibles raquetteurs qui ne se doutent pas de sa venue. Il survient derrière eux, tel un ninja. Pas de temps pour s’arrêter, hormis peut-être pour remettre à sa place un aboyeur qui faisait un peu trop le fier. Simple question de hiérarchie.

Vous l’aurez compris, Chuck est mon fidèle compagnon canin. Une brave bête. Ça ne prend pas grand-chose pour le combler : une chevauchée dans les bois, des pulsations cardiaques à 250 BPM et de l’écume plein la gueule. Sans oublier l’occasion de lever la patte pour affirmer qu’il est le maître des lieux…

Mais tout comme moi, Chuck s’impatiente devant l’hiver qui s’étire. Or lui n’a pas la chance de s’envoler vers la Californie pour se repaître d’authentiques sentiers de vélo. He oui, je reprends l’avion, direction Los Angeles.

Ce sera mon deuxième camp d’entrainement de l’année, toujours avec l’équipe du Québec. Au programme, une US Cup dès mon arrivée (XC, Super D et ShortTrack) et un peu plus d’une semaine à rouler, pour de vrai. Fini de faire semblant, fini de rouler sur la neige, fini le calvaire stationnaire de sous-sol.

J’ai bien hâte de voir le résultat de l’entraînement. Il fut quelque peu spartiate. Souhaitons que la forme soit à la hauteur.

Je ne manquerai pas d’avoir une pensée pour Chuck sur la ligne de départ de cette première course. La clé réside dans la capacité à se mettre dans le même état d’esprit que mon compagnon canin : une chevauchée dans les bois, des pulsations cardiaques à 250 BPM et de l’écume plein la gueule. Le tout avec une béatitude inouïe, enterrant la rigueur de l’entraînement hivernal.